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DOWNER - Citrine
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Message Sujet: Pour Lui {ft. Eliza    11.01.18 8:50


Rien n'est bon pour toi, de toute façon.
Broyée sous des dilemmes insolubles, Lethe laisse aller sa main sur le front de son fils, en instinct de protection primitif, profond, viscéral. Une des seules marques physiques que l'enfant accepte, et seulement de ses parents, maigre consolation dans les carences dont elle devrait, elle suppose, se sentir honorée. Dont il faudrait se satisfaire, plutôt que de se complaire dans ce manque lui broyant les entrailles, toujours, plus ou moins fort; le manque du nouveu né qu'elle serrait au creux de ses bras quand il était trop petit pour se passer d'elle, de l'odeur de sa tête et la chaleur de son corps. Ce manque qui la tue, parfois, d'en dedans, sans qu'elle ait véritablement le droit de se laisser mourir - pas même semblant.

Salle commune méprisée au profit de l'intimité de sa table, car il est peu ardu quand on dirige un marché noir de se voir apporter un petit déjeuner de môme dans ses appartements, Piglì savoure tant bien que mal, le privilège de son intimité malgré l'insomnie de ses angoisses, la douleur de ses inquiétudes.
Rien n'est bon pour toi, de toute façon.
Ulysse a délaissé son bol alimentaire, pour s'adonner à ses éternelles gerbes de crayons de couleur sur quantités de feuilles blanches. L'harmonie est incontestable sous ses mains d'enfant, le dessin beau lui semble t'il, même sans le prisme déformant de la fierté parentale. Est-ce là vraiment une perspective, un espoir d'avenir pour cet enfant, au génie méprisé par le pragmatisme terne de son monde. Pour toi j'obligerai à reconnaître l'artiste, et s'il le faut je ferai créer une faction entière, elle songe, Lethe, détermination féroce dans le défaitisme qui la flingue. Repense à la liesse éphémère, le vertige incroyable, qu'elle a pu ressentir à découvrir le monde - celui qu'elle a instantanément voulu montrer à son fils, avant que ses dangers ne manquent aussitôt de les tuer, elle et le père de l'enfant.
Rien n'est bon pour toi, de toute façon.
Un monde de sauvagerie et d'indomptable, sans doute des guerres à venir, un paysage social au futur teinté d'orage, dans lequel elle craint pour même la survie de son fils. Ce petit garçon auquel elle n'a légué aucune clé pour être au le plus fort, juste une génétique obscure et tarée dont elle est entièrement coupable.
Rien n'est bon pour toi, de toute façon.
Mais n'est-il pas d'une cruauté maltraitante, de le condamner aux tunnels sans ciel, où n'inspireront que ses couleurs et ses toiles, des écrans virtuels sans consistance. Et s'il en devenait dépendant, de ces mondes factices... Et s'il ne distinguait plus le rêve de la réalité.
Si seulement il y avait un moyen pour que tu me le dises, Ulysse - que tu m'expliques quoi faire. Une lettre à écrire, une note pour plus tard, recelant les clés de ton bonheur à venir, de ce dont tu as besoin. Dis-le moi je t'en supplie. Rien qu'une fois. Ce dont tu as besoin.

Il n'est pas torture plus douloureuse pour Lethe, que de se sentir prête à tout même au pire, campée dans cette atroce impuissance.

Avisant l'heure, elle s'ébranle, la princesse. Débarrasse la nourriture à demie consommée, invite son fils d'une voix grave et douce à venir s'habiller. Se réjouit dans son malheur, de l'acceptation sereine de l'enfant, son esprit paisible en cette journée qui s'annonce l'être bien moins. Le rituel du vêtir est franchi dans le calme, tout comme les portes de l'appartement, la main de son fils dans la sienne et son nécessaire de dessin dans l'autre. Sans difficulté aucune, Piglì referme la porte sur les traits tirés et les yeux apeurés auxquels elle se laissait aller dans l'alcôve de ses quartiers, n'ayant plus à offrir au monde que sa démarche calme et son visage à l'autorité résolue.
Quantité de couloirs sont avalés d'un pas tranquille, de cet itinéraire trouvé qui convient à l'enfant, lui et lui seul, ne contenant rien pour déclencher ses colères. Ni risque d'attroupement, ni bruit trop terrible, ni la couleur rouge qu'il déteste au point de devoir en débarrasser chaque nécessaire à dessin lorsqu'il a vite terminé le dernier.

Parvenus aux portes des laboratoires de réalité virtuelle, porte repoussée pour laisser entrer son fils, Lethe talonne l'enfant dans une protection de lionne. Elle s'annonce auprès d'un homme croisant son passage, qui s'en va chercher la jeune fille avec laquelle elle a rendez vous dans une courtoisie charmante. Pour ne pas laisser Ulysse attendre, Piglì lui trouve sitôt un coin de table, sur lequel elle éventre le petit sac à dos contenant ses affaires. Elle le veille tandis qu'il s'adonne à ses dessins, ne daignant relever la tête que lorsqu'une porte dévoile la silhouette menue, jolie et blonde, qui s'en vient les rejoindre. " Bonjour Mademoiselle Solberg. déclare Lethe d'une voix docte, un sourire mince mais solide à la courbe de ses lèvres, sans rien laisser transparaître de ses terreurs internes. J'espère que vous vous êtes armée de patience. " elle s'autorise même, légère, dans un trait d'humour qui pourtant recèle une vérité flagrante.

Jour de repos réclamé pour les premiers essais du casque virtuel et des exercices auxquels elles ont réfléchi avant pour son fils, la dame voit d'ici poindre un combat déchirant pour seulement lui faire accepter l'appareil sans le terroriser.
Rien n'est bon pour toi, mais qu'est ce que je peux faire à part essayer.
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DOWNER - Jaspe
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Message Sujet: Re: Pour Lui {ft. Eliza    25.01.18 21:45




POUR LUI
lethe & eliza











Eliza ouvrit brusquement les yeux, le souffle court. Elle s’était vue suffoquer. Son visage virant au bleu dans le miroir avait laissé place à l’immaculée blancheur du plafond à l’instant où son rêve bien trop vivace avait cédé son tour à une réalité cotonneuse, encore nimbée d’onirisme. La jeune femme décolla son dos des draps humides. La chaleur était de plus en plus insoutenable et l’air n’avait plus la même qualité. Il lui semblait que son coeur s’emballait désormais au moindre effort. Elle se redressa dans son lit puis laissa un court instant son regard se promener à travers la pièce, glissant sur les éléments de décoration agencés par sa propre personne et qui rendaient son intérieur presque agréable. Elle laissa échapper un soupir ironique. Son cercueil était peut-être le plus beau de la colonie, ce n’était pas pour autant qu’elle rendrait son dernier souffle après les autres. Entre deux bouffées d’euphorique combattivité, Eliza se laissait aisément happer par une forme de fatalisme. Elle se disait qu'elle était née morte. Elle avait tout tenté pour s’animer, pour s’éveiller, pour faire jaillir de la friction de son corps et de son esprit contre les aspérités les plus exquises de son univers clos davantage que quelques étincelles. En vain. Jamais elle n’était parvenue à s’absoudre de son destin de spectre souterrain. Et pourtant. Jamais la flamme n’avait été aussi près de s’embraser, jamais elle n’avait été aussi près de s’éteindre. Une part obscure de son être était même tentée de l’étouffer elle-même. Il est étrange de noter à quel point la résignation peut-être attrayante devant l’océan des possibles, juste avant qu'elle ne devienne à nouveau la plus insatisfaisante et détestable des positions. La jeune femme se leva lestement. Il n’y avait que le quotidien pour l’extirper des considérations pesant ces derniers jours sur son esprit comme une chape de plomb. Elle se lança machinalement dans sa routine matinale puis, sur les coups de sept heures, elle prit le chemin de son bureau.

La danse des doigts d'Eliza sur le clavier de son ordinateur n’avait de cesse de s’interrompre. Elle parvenait à peine à se concentrer sur ses lignes de code. Son regard revenait inexorablement se poser sur l’horloge. Il restait encore près d’une heure avant le rendez-vous fixé avec Lethe Rosenwald et son fils mais la figure de la reine du souk n'avait pas attendu cette échéance pour s'inviter dans son esprit et c’était comme si son charisme s’était déjà infiltré dans la pièce. Eliza se demandait encore pourquoi elle avait accepté le deal de la femme d’affaire. Elle courait à l’échec, elle qui n’avait reçu aucune formation en psychologie clinique et qui avait toujours trouvé le contact avec les enfants incommodant. Or, Rosenwald était clairement l’une des personnes qu’elle ne pouvait se permettre de se mettre à dos. Il y avait en jeu son accès aux drogues que l’on ne pouvait se procurer qu’au marché noir mais également son espoir d’accéder à la surface. Il suffisait probablement d’un claquement de doigts à une personne aussi influente qu’elle pour ruiner ses chances d’obtenir un laissez-passer. La jeune femme fronça les sourcils. Les ruses, manigances et stratégies semblaient apporter à l’existence bien plus de tourments que de sel. Eliza quitta l’horloge des yeux puis se remit tant bien que mal au travail jusqu’à ce que l’un de ses collègues ne l’interrompe, l’informant de l’arrivée de son rendez-vous. Elle remercia l'homme d'un mouvement de tête puis resta quelques instants figée. La frontière entre l’appréhension qui stimule et celle qui paralyse est tellement ténue qu’on la franchit souvent sans y prendre garde, jusqu’à ce que l’émotion nous submerge soudain. La jeune femme reposa le casque de réalité virtuelle qu’elle tenait entre les mains. Elle prit une profonde inspiration, se leva puis se dirigea vers le hall.

La scène qui se dévoila à ses yeux la saisit d’une manière inattendue. Ce n’était pas le personnage redoutable dont l’aura sociale nourrie par les légendes, ragots et autres fantasmes collectifs avait laissé une imposante empreinte dans son esprit qui se tenait devant elle mais une femme, une mère dont le regard et l’attitude laissaient transparaître une forme de vulnérabilité mêlée à une force qui n'avait rien de commun avec l'écrasante puissance conférée par le pouvoir. A ses côtés, son fils était complètement absorbé par son dessin. Les deux femmes se saluèrent et Eliza ne manqua pas de rebondir sur le trait d’humour de Lethe. « S’il y a bien quelque chose dont on ne manque pas ici, c’est de temps. » Un discret sourire habillé d’un léger voile de sarcasmes se dessina sur ses lèvres, d’autant plus qu’il n’y avait rien de moins vrai que cette affirmation. La colonie était en phase terminale, ses jours étaient comptés et ceux de ses habitants avec. Ne peut-on néanmoins pas trouver de l’ennui voire de l'oisiveté dans l’agonie lorsque celle-ci est trop douce ? Certains disent que les derniers jours sont les plus longs. La jeune femme demanda d'un regard à Rosenwald l’autorisation de s’approcher de son fils puis fit quelques pas en avant. Elle s'accroupit ensuite à sa hauteur. « Bonjour Ulysse, je m’appelle Eliza. » Ayant fait quelques recherches préalables sur l’autisme, elle ne s’émut pas de l’absence de réaction de l’enfant. Elle s’assit au sol, croisant ses jambes en tailleur. « C’est joli ce que tu dessines. J’aime bien faire des dessins aussi mais je crois que je suis moins douée que toi. » Elle laissa quelques secondes s’égrener. «  Tu veux les voir ? » Eliza espérait que son stupide stratagème prendrait, celui-là ou un autre. Sans le consentement du garçon, cette thérapie improvisée n’avait absolument aucune chance d’aboutir. Et les conséquences pleuvraient.





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