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DOWNER - Citrine
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Message Sujet: Arsenic {ft Remi - flashback    28.12.17 12:59


Un an auparavant





Heure du crime.
Comme toutes les nuits, dans la trêve nocturne de ses divers opiums, le Souk Van Meegreen aborde ses instants les plus paisibles, les moins sages.

En cette heure déjà plus matinale que vespérale, il n'est nul besoin de héler le client pour couvrir les rires des enfants. L'appel n'est plus qu'un murmure, un signe du visage, une œillade complice entre deux coupables. Pas de victimes, ou si peu. Capharnaüm comme étouffé dans les volutes opacifiés de maintes substances, aux odeurs criminelles maladroitement camouflées par quelque encens de manufacture. Les cris puérils, innocents de jeux infantiles, ont été supplantés par les rires un peu abstraits des marchands de plaisirs et de mort , qui achèvent leurs heures les plus illicites dans l'alchimie de pêchés véniels. Véniels, par relativité; véniels, par comparaison; véniel, le pêcheur qui ne fera rougir aucune lame dans les ombres, ce soir.  

Derrière un rideau, un femme fait gémir d'extase un ancien représentant de Conclave avec sa bouche.
Protégé d'un paravent frêle, un agate décoré ronfle, ivre mort, le visage avachi dans le contenu de sa flaque renversée au sol.
Indignes colons, honteux imparfaits soumis à leurs vices, dont l'existence excuse celle des profiteurs de leurs propres pulsions.

Sous une tente de toile blanc cassé, Piglì fume un tabac de qualité; une tasse fumante de thé rouge tiédissant ses longs doigts enroulés autour. Sa compagnie et elle embaument l'air des fumées âpres que leurs bouches font se croiser à chaque temps de parole accaparé.

" Ne sois pas déraisonnable. Je protège ces femmes. Et je peux t'assurer un versement régulier. Tu sais comment sont les prostituées, Piglì. Est-ce que tu aurais peur d'un peu de concurrence ?  "

Un claquement de langue sur son palais interrompt l'homme dans son élan de bravoure. Petit, trapus et tassé, le cheveux tombé et les yeux renfoncés, menton absent; son visage semblable à une sphère toute ronde, un pic pointu comme planté au milieu, lui faisant office de rostre. Une boule posée à même ses épaules, sans la séparation gracieuse d'une nuque quelconque, chez lui avalée sous les plis tassés à son cou de taureau. Clive est très laid, mais ça ne l'empêche pas d'être un négociateur aguerri, prédateur des abysses en affaire, la métaphore obsolète de squales voraces que Lethe et ses pairs n'ont plus connu depuis des siècles.

" Ces femmes payent l'emplacement de leur marchandise, comme tout autre vendeur. N'ayant jamais souhaité leur soutirer le moindre devoir de résultat, je ne suis pas certaine de comprendre ce que tu entends par concurrence.  " répond la princesse noire, d'une voix parfaitement égale; nullement intimidée par la condescendance avec laquelle le macro croit bon de mener la négoce, ou ce qu'il pense en être une. Enorgueilli par son âge avancé, privilège des sociétés, le fier à bras oublie trop bien qu'il est à son propre procès.  " Tu comptais me racheter l'allée que tu exploites, avant d'en faire un réseau parallèle, j'imagine ? " Elle ajoute, Piglì, la mélodie d'une menace voilée venant faire siffler sa voix tiède. Altière, elle prend le temps de fumer à son porte cigarette, dernière semonce crachée aussi bien bien que le volute entre ses lèvres pincées. " Quant à cette présumée... protection; j'ai eu sous les yeux un coquard qui tendait à me prouver le contraire. "

Un rictus de mépris tord sa bouche, un peu vif, mais elle l'assume en sa poitrine gonflée. Si la violence n'impressionne aujourd'hui que très rarement Lethe, elle n'a toujours ressenti que dédain pour la grossièreté d'un poing levé vers un visage. La sévérité avec laquelle elle traite les altercations au sein du marché noir en est la preuve, autant qu'une illusion de sécurité, l'assurance bien maigre de rares coups de couteaux évités.

Mais quelle engeance plus méprisable que l'exploitant de femmes, petit homme de caverne, qui s'excite aux couleurs peintes sur leurs chairs, nuanciers d'ecchymoses à la toile de leur intégrité.

" D'abord tes absences avec ton fils, puis ces femmes. Fais attention, on pourrait croire que tu finis par avoir la main trop tendre. " Clive aborde le virage de l'animosité avec plus de force qu'elle, certes, mais sans se départir d'une certaine puissance. Son absence de menton frappe l'air vers la silhouette malingre aux ôtés de Piglì, ses lèvres disparaissant sur une rangée de dents carnassières en un rictus goguenard. " Ce minet aussi, tu te l'accapares, ou il fait partie de toutes les choses que tu es prête à vendre ? "
Elle plisse les yeux, Lethe - sans frémir. Laisse un silence claquer l'air, coup de fouet porté au visage de l'imprudent; à transformer aussitôt la menace en un regret pour ses propos malheureux. Une étrange aura émane de la princesse noire, tout à coup; une violence rentrée,
une promesse muette : à lui faire regretter une autre injure de cet acabit s'il lui prenait l'envie de la réitérer. Elle le laisse se tasser sur sa chaise, écrasé par des provocations dont il ne saurait décemment assumer les conséquences. Puis, quand elle a remporté l'affrontement de regards seulement, s'emploie à terminer a mascarade, d'une voix de moins en moins tiède.
" La prostitution est autorisée sur le marché noir, le proxénétisme ne l'a jamais été. Mais tu as raison sur un point - je me radoucis avec l'âge... Tant que je songe à reconsidérer certaines rancunes passées, et les bannissements qui s'en sont suivis. " Lueur d'espoir éveillée en lui pour mieux se voir étouffée ensuite, Clive blêmit pour de bon, cette fois. De peur - de conscience de sa propre défaite. Menace désormais bien peu implicite, que le soutien que Piglì pourrait décider de lui retirer à tout moment, en faveur de l'un de ses concurrents évincés.  " J'aurais été plus ouverte à la négoce, si tu n'avais pas cherché à faire affaire dans mon dos, Clive. Tu es seul responsable de ce qui t'arrive. Use de ces quelques jours pour y réfléchir. "

Congédié, le petit homme quitte l'arène, sans se voir raccompagné - sinon par l'homme de main au visage patibulaire qui l'attend dehors et, aussitôt expulsé de la tente, lui emboîte le pas jusqu'aux portes du marché.
A nouveau seule avec son assistant, Lethe s'autorise un soupir rentré, évacue la tension d'un nouveau claquement de langue. Elle achève sa cigarette en une bouffée brève, l'écrase dans le cendrier. A peine radoucie, elle écrase les inquiétudes et les peurs que dans un chant de cygne, Clive aura tenté de semer derrière lui.

" Clive est une brute, sans conteste un pervers, mais ce n'est pas un imbécile. Il ne te fera rien. "

Sa voix est sèche, les traits de son visage, fermé. Contrariée, elle décoche à peine un regard à la silhouette maladive siégeant à ses côtés. N'en a pas besoin, du reste, pour sentir l'agitation qui fait ployer le corps chétif, à faire vibrer l'air sur ses épaules dénudées : nervosité chimique, d'un manque amené par les heures trop longues, d'un labeur trop concentré.

" Fais-le ici. " elle largue dans l'air, distante, comme séparée d'un mur qu'elle peine à amincir, sa main portée à ses livres de comptes, sur lesquels son museau plonge.
" Si tu dois te droguer, fais-le ici. "

Je ne tiens pas à devoir venir te chercher.

J'ai traqué les toujours, désossé les déesses
Goûté aux alentours, souvent changé d'adresse
Ceux qui nous entourent, extensions de nos corps
Quand nous sommes à l'écart, mineurs, chercheurs d'or.
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Message Sujet: Re: Arsenic {ft Remi - flashback    29.12.17 18:47



   
Putting the Dog to Sleep
Lethe & Remi

   
« Prove to me I’m not gonna die alone. Put your arm around my collarbone and open the door. Don’t lie to me if you’re putting the dog to sleep. That pet you just couldn’t keep and couldn’t afford. Well prove to me I’m not gonna die alone. Unstitch that shit I’ve sewn to close up the hole that tore through my skin. »
La carne est retournée, lessivée. Le silence, quant à lui, criant de vérité. A l’abri des regards, couvés par les démiurges de la sorgue, la vie jaillissait des recoins les plus sombres en ces allées embaumées par leurs secrets. Ses représentants drapés d’ébène souffrant les tristes réalités d’un monde défait de sa couleur. Les yeux rivés sur le papier, les chiffres défaits de leurs subtilités, si Remi ne peinait pas à dompter l’encre sur le papier ce dernier peinait apprivoiser sa propre chair. Ecrasé par la solennité de l’instant, le poids de ces échafauds délitant les individus présents, c’était le regard pudique qu’il observait les loups montrer les crocs tout en se toisant du bout de leurs prunelles. Les mots échangés étaient frappants de justesse, le tranchant de leur morsure d’une précision chirurgicale. De l’autre côté des rideaux posés sur ce spectacle réservé aux iris éclairés, le monde continuait à gronder en ces petites heures de la nuit. Petites heures d’un jour refusant de ce lever sur ces territoires de non-vie, ces lieux où le béton faisait tout ciel pendant que les hères des lumières ravalaient leur fiel.
Les lippes de l’homme étaient desséchées, sa gorge nouée de ne s’être abreuvé que du vide qu’il arrivait à garder sur l’estomac. Clébard incapable de refuser les appels de l’astre lunaire, c’était à l’abri des ses rayons qu’il observait les secrets d’un univers lui étant pourtant à jamais prohibé. Le Grisha n’avait pas sa place dans ces allées peuplées par la brume. Il n’était à jamais qu’un échoué recrachant l’écume d’une vie qu’il avait cru pouvoir garder en dedans, avant que la réalité de ces instants ne parte en fumée comme le tabac se consumant au bout des lippes de sa maîtresse d’insomnie. Il se consumait le brun. Les prunelles flanquées de ce manque qu’il ne connaissait que trop bien, celui-là même qu’il ne savait plus comment exprimer. La chair labourée, les graines d’un mal sans nom germant en ses bronches bien trop frêles, c’était à l’abri des regards qu’il plantait ses serres dans le derme déjà bien trop maltraité de son avant-bras.
Le silence de la maîtresse des lieux, déité des nuits régnant sur son bout de monde avec la hargne des Erinyes l’ayant enfanté, portait bien plus de sens que ces mots. Le poids du vide entre ses lippes un fardeau que le monde ne pouvait porter sans l’appuie de cette Atlas des temps modernes. Femme forcée de porter l’univers entre ses bras, pourtant à jamais prisonnière de ses entrailles. Son antagoniste, le temps d’une nuit, s’immolait sous leurs yeux. Labourant la terre de ses doigts persuadés de creuser la sépulture de la déité lui faisant face, il n’avait pas conscience de cette destinée lui rongeant les veines. Pour toute stèle couronnant sa hardiesse, c’était son nom que la roche condamnait. Et, immuable déesse, elle n’aura même pas un soupir satisfait à lui sacrifier.
Les prunelles décidément trop livides, le poil lui rongeant les joues depuis déjà de trop longues journées, Remi portait le silence comme un linceul. Le sang avait séché sous ses ongles, la plaie avait fini de suinter. Cependant, le brun sentait toujours sous sa carne gronder les tambours de guerre invoquant un printemps capable de repousser l’hiver ayant figé la chair endolorie. Les mots des deux contrebandiers étaient étonnamment distants pour le Grisha, celui-ci peinait à en suivre le troc à sourires bandés, couteaux dissimulés. Figé sur sa chaise, pas même le prétexte des comptes qu’il avait fini de réviser pour toute raison d’exister à cet instant, l’homme peinait à pousser un souffle. Les poumons éclatés, il avait des morceaux de lui-même plein la cage thoracique alors que l’impudent s’amusait de son état. Plus mort que vivant, c’était le visage pâle et les iris trop distants qu’il soutint les yeux du charlatan. Il n’avait pas même un frisson pour prétendre dénouer cette carne rongée par un mal que tous connaissaient et qu’ils passaient sous un silence fait d’éclats. Surement ceux du camé. Celui qui peinait à contenir en une pièce sa chair fatiguée et ses pensées étalées le long de la voute de ses songes. Qu’il était lourd le silence. Que c’était pesant. Pourtant, Remi n’avait pas le cœur à la lutte, il n’avait pas la foi des tourments. Contemplant la princesse des ténèbres, gardienne consacrée d’un royaume qu’aucun homme n’aurait pu tenir, toutes les idoles étaient parties en fumer, ne laissant dans leur sillage que ces êtres de chair et les commerces de l’âme. Elle n’avait pas besoin de dire la Rosenwald, à peine besoin de faire. Le jeune homme savait à quel point ses iris plongeant au plus profond de l’âme marquaient sur leur passage le poids de son aura mortifère. Celle qui vous délie de sa grâce où vous écrase par son jugement.
Sans étonnement, il ne fallut pas à l’héritière de l’ichor brûlant en ses veines attendre que le sang coule pour réclamer son dû. Pugiliste souffrant la folie de cette tigresse l’ayant abattue sans lever les poings, c’est forcé de courber l’échine que le roublard salua chichement la foule, ses iris rongés par la honte trouant la peau du pantin n’ayant pas encore trouvé le courage d’exister.
Défaite de la présence de l’indésirable, le no man’s land délimité par la toile de la tente sembla s’alléger alors que l’intraitable soupirait imperceptiblement. L’espace d’un instant, retrouvant sa condition mortelle quand tout chez elle invoquait l’ascendance céleste d’un être fait pour autre chose que la terre. Refermant les manuscrits soigneusement annotés, le clébard prétendait s’affairer alors que son échine tremblait sous les assauts répétés d’un besoin avide qu’il ne pouvait combler que par le mal inoculé à ses veines. Douloureux dépositaire d’une souffrance qu’il ne savait comment endiguer autrement que par ces drogues, c’était sous le joug de leur jouissance que s’évaporait l’homme. Ce dernier bientôt plus que fumé, il n’avait que la chair sur ses os prouvant au monde qu’il était encore présent.
Les ongles marquant la chair violentée par le besoin, c’était sans pouvoir lutter contre ces pulsions trouant sa chair qu’il cherchait à découvrir le derme pour offrir au monde la vue de tous ses recoins. Les crocs plantés dans le derme de ses lippes, le sang refusant de couler, bien même si tout hurlait à l’agonie, l’homme attendait le droit de pouvoir disposer. La Citrine n’avait pourtant que faire de ses doléances, adoucissant des craintes que le Grisha n’avait pas eu même la foi d’invoquer. Un sourire émacié, son visage tiré par le mal en détricotant le détour, mais aussi la fatigue de ces nuits passées à s’envoler, c’était étonné par sa propre voix qu’il répondit : « Qu’est-ce qu’il pourrait me faire que je ne me fais pas déjà ? » Malade rongé par le besoin de s’euthanasier, c’était l’esprit rongé par des maux qu’il ne pouvait vocaliser que Remi avait fini par se soigner par ses propres moyens. Sans l’aide de ces médecins, ces psychologues s’attardant sur la chair imparfaite quand c’était l’âme qui était défaite.
Ses pieds battants un rythme qu’il ne pouvait endiguer, les minutes s’écoulant à contrecourant, malgré le lustre suranné de sa timide arrogance, le Jaspe subissait avec grand mal ces instants de souffrance. Une infamie pour l’enfant ayant fait de la douleur une amie. Une honte pour celui que tous avaient choyé et qui pourtant finissait naufragé en sa propre carne, prisonnier de ses côtes, incapable de dénouer l’entrelacs de sa chair. Si l’intouchable ne le contemplait pas, le malade ne pouvait détourner le regard. Trouvant dans la tension en ses bras, l’angle de sa nuque, le mouvement de ses mains, tant de détails incertains à encrer le long de ces cahiers emplis d’énigmes. Il ne lui avait fallu que bien peu de mots à Lethe pour le troubler. Dans le fond, il lui suffisait d’exister pour que l’écorché s’ébranle.
L’être agité par les soubresauts de ce qui ne se dit pas, ce fut l’orage qui s’invita en ses prunelles alors que de ses lippes s’écoulait le fiel de ces combats qu’il n’avait jamais vécu. Habités par d’autres missions, les mots éclatèrent hors de leur prison, leur maîtresse portant la désinvolture comme un charme. Quant à lui, Remi n’avait que sa fébrilité pour lui servir d’arme. Ses doigts se mouvant dans tous les sens alors que la boite reposant contre son cœur, prisonnière de sa poche, se faisait brulante. « Si on commence comme ça, bientôt tu vas finir par t’occuper de moi. » Peut-être que c’était déjà le cas. Peut-être juste qu’ils ne le savaient pas. Apôtre ayant perdu la foi, c’était aveugle à la bonté qu’il s’ébrouât l’hérétique. Arrogant pour le spectacle, il ne parvenait pas à camoufler la tension en sa voix alors que son regard trop distant contemplait déjà le dénouement. Il avait beau admirer la grâce et ses infernales, il était trop de choses qu’elle ne disait pas. Trop de choses que lui ne comprenait pas. Il était une vulnérabilité douloureuse dans l’acte partagé. Une mise à nue de l’âme que l’homme n’était pas sûr de pouvoir supporter. Pourtant, loup affamé incapable de refuser l’appel du sang, c’était les doigts souffrant leur hâte que Remi délia le bouton emprisonnant la boite de Pandore. La posant sur la table, la précision s’invitant dans le sale, il ouvrit la boite dévoilant le mal qui avait choisi son âme pour empire.
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Message Sujet: Re: Arsenic {ft Remi - flashback    11.01.18 8:51


Un ange passe sur l'indécence présumée de sa proposition - que Lethe accueille sans s'émouvoir, museau plongé dans ses livres de comptes. Un sarcasme, ensuite, ou du moins ce qui s'en approche le plus, qu'est capable de produire l'être de chaos à son côté, dans la souffrance corporelle intense et indéniable qu'invoquent les substances dont il manque. Il en fait s'interrompre la danse de la plume sur le papier d'une tendre surprise, bonne même à faire pivoter le minois de la princesse vers lui, interpellé. Etonnement bref our cette défense faible et rétive à la seule idée qu'on pût lui porter secours - elle ou l'entièreté du monde, telle est la question que Piglì se passe de lui infliger. Elle en choisit une autre, la course suspendue en l'air de ses chiffres grattées, le vibrato serein de sa voix répondant comme un écho lointain aux symphonies nerveuses de l'autre. " Ce serait si terrible ? Un sourire fend le visage de la madone, entre ironie et douceur, nuancées d'une brève curiosité dans la prunelle, non moins sincère. Pourtant, magnanime, elle ne lui inflige pas la nécessité d'une véritable réponse, s'engage à conclure d'elle-même cette interrogation cruelle, reprise par le pragmatisme pierreux de ses calculs. En tout cas je n'ai pas d'intérêt à te négliger. "

Mais elle la pose bien vite, sa plume, Lethe. Après une mince hésitation, pour ces comptes qu'elle s'engage à repousser à des heures encore plus cruelles, comme pour la contenance distante que cela lui ferait perdre. Tactique simple mais efficace, d'invoquer le malaise chez l'autre à cette occupation qu'on lui préfère, gribouillis parfois illusoires négligeant l'attention de ses discours, sous entendu qu'il ne le mériterait pas. Si elle a usé de nouvelles secondes sur sa feuille pour se laisser le temps de réfléchir, Piglì referme bien vite le livre sans imagination dans un soupir. Le dos va sur le dossier de sa chaise, et ses longs doigts s'amarrent à la poignée d'un tiroir devant elle. Une pipe à opium à la finesse usée par les années en est extraite, posée sur la table, sans un trait de complexe ou d'hésitation dans les gestes. Infime quantité déversée dans l'orifice, de ces micro doses auxquelles elle s'habitue depuis des années, comme Mithridate consommait le poison pour ne jamais y succomber. La valse de leurs préparatifs s'épouse et se complète, en une mélodie de métal et de chimie, une chorégraphie que les deux danseurs connaissent comme on respire. Abosrbée à son office, c'est avant que les substances ne perdent Remi dans des contrées plus clémentes pour lui que Lethe déclare, réclamation tacite mais autoritaire à son attention la plus accrue, épreuve de force exigée à son cerveau en débandade.

" Le vieux Luigi négligeait ses employés, et il est mort seul dans ses propres fèces, derrière un étal sans prestige. L'histoire macabre est pourtant énoncée sans émotion ni heurt, d'une voix que l'on qualifierait cruellement de placide. L'enfant qui l'a tué pour venger son père n'avait pas plus de douze ans. Moi j'en avais dix huit, à bien des égards j'étais enfant moi-même, et j'ai laissé faire. impossible à sa mémoire de se souvenir, étrangement, si elle avait entendu les écho de l'acte ignoble ou seulement nourri des doutes sur sa fin imminente. Mais Lethe se rappelle nettement, gravement, avoir soupesé la question du haut de son jeune âge, et opté pour la solution la plus terrible - la meilleure. Celle de ne pas interrompre les forces à l'œuvre, de glisser plutôt sur l'opportunisme de leur vague; la première de ses décisions qui achevait alors de contresigner les évidences maladives de son amoralité nécessaire. Coucher, mentir, courir, tuer, tout avait été affreusement facile, terrifiant de limpidité. Trahir... c'était là sa véritable épreuve, le premier pas amorcé dans le déclin fatidique de son humanité. Cet homme était l'un des piliers de mon monde et je l'ai laissé mourir seul derrière un étal, pour hériter d'un empire moins négligent que lui. Et je ne l'ai pas regretté une seule seconde. "

Elle assène, Lethe, dans l'air silencieux et dense, les odeurs intenses du marché noire; un peu dramatique, un peu théâtrale. Exemple brumeux à ses propos arbitraires, explication partielle sur le pourquoi de ses attitudes à l'égard de son apprenti. Car elle connaît les drogués, Piglì - elle les connaît mieux que son propre organisme, à force de leur faire miroiter ses substances. Les drogués sont des êtres instables auxquels il ne faut jamais faire vraiment confiance, et qu'il est très dangereux de négliger. De tous les électrons gravitant autour d'elle, la main la plus susceptible de l'assassiner est bien celle de Remi, et elle en a conscience. Insulte terrible qu'est cette présomption d'un geste auquel il n'oserait jamais penser lui-même, mais que Lethe se doit de penser à sa place. On ne parvient pas au siège qu'elle occupe, sans prévoir des gens les choses avant que leur pensée ne les traverse, inévitablement.

Mais elle est maligne, Lethe, volontairement obscure. Elle le dirige dans la mauvaise direction, la mauvaise raison de ses propos macabres, lui ment finalement un peu sans se fendre d'un quelconque remords à cet acte. " Voilà ce qu'on peut te faire ici, que tu ne t'infligerais pas toi-même; du moins j'ose l'espérer.

Les deux billes noires s'ancrent aux pupilles trop claires de son autre, pour la première fois de la soirée peut-être. Si elle n'a cette fois pas la brusquerie de l'interroger, pas même à mi mot, Lethe ancre en lui la sincérité non feinte de cet espoir. Animal violent et perdu qu'elle consent à accepter à son chevet on ne sait pourquoi, parce qu'il la touche. Parce que dans les tonnerres assourdissants de sa douleur, Remi est l'un des derniers à savoir se faire entendre avec elle. Elle qui ne parvient souvent plus à capter les signaux de détresse chez l'autre, forcée d'admettre la souffrance de celui-là, seulement parce qu'il hurle trop fort pour y faire la sourde oreille. Et ça l'exaspère, Lethe. Mais ça lui fait du bien; ça lui donne l'illusion passagère d'être encore capable d'empathie, juste parce qu'il faudrait être morte pour ne pas sentir la douleur de ce garçon. La mort est une chose trop laide et définitive pour les êtres aussi chaotiques que toi, Remi. Parce que c'est dans le chaos que naît l'infini de potentiel, le luxe rare de pouvoir surprendre.

Elle le relâche, enfin. Une flamme portée à sa pipe, un volute arraché et sitôt recraché, autorise le pauvre garçon à jouir enfin lui-même des substances qui l'appellent, hurlent son nom.La plupart des gens ne surprendront jamais personne. De toi j'attends un peu plus que de la plupart des gens.... Alors tu vois, pour toutes ces raisons, s'il faut en venir à s'occuper de toi, aussi étonnant que cela puisse paraître, je suis disposée. "


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Message Sujet: Re: Arsenic {ft Remi - flashback    



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