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UPPER - Samek
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Message Sujet: Après le silence, les murmures    21.12.17 13:03



Seti & Kriss

Après le silence, les murmures


De l’eau.
Je réalise difficilement ce dont mes yeux se bâfrent – cette étendue sombre qui ondule aux reflets d’une lune si haute. C’est que ça me change de l’horizon figé d’un désert de poussière. De l’inconnu aux relents d’exaspération, me poussant dans les retranchements d’un labyrinthe sans fin dont l’issue est inévitable. La solitude, la déraison, la mort. La fin, de moi-même et de ce fait, de mon clan. Zarden. Mères et sœurs, vouées à l’espoir un peu crédule d’un ailleurs plus clément. Tu parles d’un rêve. Il s’agit là de la motivation de toute une vie – ce à quoi j’ai relégué mon existence. Pas par choix mais par évidence. Le monde peut se remettre de sa gangrène et si ce n’est pas le cas, alors, il n’y aura plus personne pour s’en convaincre.

Un remous. Un bruissement. Je ferme les yeux et hume les embruns qui me transportent à des kilomètres de mon corps, là où j’aime deviner que toute une vie a repris ses droits. Qui peut dire ce qui peuple les profondeurs de ce fleuve qui s’éclipse au lointain ? L’imagination n’a de contrainte que le réalisme qu’on lui accorde. J’ai toujours aimé rêver. Rêver sans borne, à m’en faire mal.
Je lâche un soupir qui me serre les entrailles. J’ai du mal à me dire que ce n’est pas un mirage, cette fois-ci. Du mal à réaliser que ce n’est pas à cause de la déshydratation ou parce que je meurs de faim que s’ébauche à mes mirettes écarquillées le plus beau spectacle qui m’a été donné voir.

La brise me saboule et je vacille sur mes guiboles. Me retiens contre la rocaille pour ne pas basculer en contrebas. C’est que ça serait sacrément ironique qu’une fois au seuil de la découverte la plus signifiante de ces trente deux années passées à errer, je m’ouvre le crâne sur les récifs – trop allègre pour être prudente. Non, ce n’est pas fini Kriss. Encore faut-il que tu t’approches de cette masse noire qui se dessine sur la côte. Encore faut-il que tu ne crèves pas d’un trop plein de radioactivité bien assez pernicieux pour ne pas t’écorcher les rétines.

Evidemment, à peine je m’active que je sens la douleur à ma cheville se réveiller. Je peste, renâcle, m’abaisse jusqu’à la garce de plaie qui me lance jusqu’à l’os pour y palper le bandage de fortune, poisseux de sang. Faut que je descende de là et que j’aille me rincer où la fièvre va gagner. Et ça presse.

Je rejoins la caravane en quelques pas mesurés. Bénis l’astre d’éclairer un tant soit peu ma progression. C’est risqué de déambuler en pleine nuit mais dans une heure ou deux, le soleil se lèvera et avec lui le danger potentiel que ça peut représenter. Je ne pense pas aux bestioles à deux têtes qui pourraient avoir envie de me chasser pour leur petit déjeuner mais à un autre genre de menace. Bipède, cette fois-ci. Synonyme d’espoir comme de massacre.
L’Homme est un loup pour l’Homme. Ma carcasse l’a bel et bien appris, un peu à ses dépends.

« Vosk. » Un murmure de mon timbre enroué, encourage mon canasson à se mettre en marche sur le sentier du dédale qui mène jusqu’à la crique. Après quelques mètres, je dois me résoudre à le laisser là – le risque étant trop grand pour que je tente la descente en pleine nuit. Tant pis. J’irai là-bas seule. L’inconvénient du bric-à-brac que je me trimballe, c’est que ça n’a jamais été bien discret. Je m’assure d’une œillade brève que la végétation suffit à dissimuler mon attirail, puis je m’aventure sur le sentier d’âne en balançant mon baluchon sur mon épaule.

Faut que j’avoue. Je titube plus que je ne marche. Je manque à plusieurs reprises de dévaler la pente en m’emmêlant les pieds dans la caillasse mais j’y arrive, finalement – non sans pousser un soupir de soulagement. Les galets roulent sous mes semelles, font remonter une fragrance odorante lorsque je les remue de bout de la chaussure. C’est très curieux. C’est mouillé. Dans un geste machinal, je rabats la capuche de ma tunique sur mon crâne et m’avance vers le rivage jusqu’à distinguer les silhouettes qui se dessinent plus en amont. Je m’arrête pour plisser les yeux – remarque d’ailleurs qu’il fait un peu plus clair ce qui va m’aider à voir dans quoi je m’embarque. Je passe la langue sur mes lèvres arides dans une pensée qui me taloche. J’ai soif. M’approche alors pour cueillir dans mes mains un peu d’eau qui me fait légèrement douter. Je pourrais essayer de filtrer mais ça me prendrait des plombes et je n’ai pas forcément le temps, là, tout de suite. Alors je bois. Me dis que c’est la meilleure que j’ai jamais goûtée. C’est pas possible – je dois être morte.
                 
Une main sur la panse dans la satisfaction d’avoir bu, je me redresse puis darde mes prunelles sur le chantier un peu plus loin. Parce que c’était ça, cette masse noire imprécise. Du bois, des structures et tout un méli-mélo de choses qui m’apparaissent imprécises à la faible lueur de l’aurore. Et que ça m’attise. Je n’ai jamais vu ça jusqu’à aujourd’hui. Ça ressemble presque à des sculptures. C’est improbable. Viscéralement intrigant.

Après avoir jeté quelques coups d’œil autour de moi, je m’avance encore. Réduis la distance pour mieux contempler l’endroit. Je contourne, d’abord. Constate que des petites installations de ce genre poussent comme des champignons un peu plus loin sur la crique mais qu’ici, c’est relativement isolé. Assez pour que je puisse fureter sans craindre une apparition impromptue, du moins.

Je me coule comme un serpent entre les carcasses de bois qui gisent. Tends la main pour suivre les lignes et les courbes sans oser toucher pour autant. M’abaisse avec vivacité pour lorgner un établi, chargé de toutes sortes d’outils dont j’ignore l’utilité. Alors je palpe cette fois ci. Je prends pour retourner en pogne, peser, observer avec minutie. Chaque saillant est testé du bout du doigt et j’en viens à me demander si ça ne pourrait pas servir d’armes. L’odeur du bois me pique les narines dans un ravissement perceptible et je laisse échapper un gloussement en fourrant un ou deux objets dans les poches de ma fourrure.

Et je reste là. A me demander ce que c’est.
A en oublier le temps qui passe et le soleil qui se lève.  
 
AVENGEDINCHAINS

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