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DOWNER - Citrine
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Message Sujet: Pour tes chairs {ft Saul - post intrigue    19.12.17 9:08


Ton ami va mourir.

Il va mourir sans tes derniers respects.
Assise à la table minuscule des appartements, une pipe à eau entre ses lippes ridées, la vieille Elle crache son assomption charriée de reproches, souffle opacifié par une vapeur inodore. Elle, c'est l'une des plus ancienne du marché noir, de ceux qui sont trop vieux pour perdre leur temps à ne pas aller droit au but, selon ses propres dires. Des cheveux de sel à peine encore teintés de poivre, des bras secoués comme des ailes de chauve souris quand elle s'anime en gestes amples. Une amie sincère et aussi l'une des rares personnes dont Ulysse tolère la présence. Parfaitement sourde de l'oreille droite, elle dit souvent que les colères du garçon ne rentrent que par celle-là, et que du coup elle ne les entend pas. Patiente, digne de confiance, et trop directe pour être très agréable à vivre.
" Tu ne seras pas partie deux heures. Si tu n'y vas pas, tu ne mérites ni ton nom ni ta réputation. " Austère, Piglì se rehausse au dessus de son thé, accusant la remarque avec l'orgueil, le silence panaché qu'on peut lui reconnaître. Sa main se pose sur le crâne de son fils penché au dessus d'un dessin trop précis pour son jeune âge; une simple seconde pour ne pas lui provoquer de l'inconfort, en une tangible inquiétude. Après un silence, pourtant, elle acquiesce, la Princesse du marché noir. Un sourire pudique d'une reconnaissance tue à l'adresse de sa vieille amie.


Tu ne vas pas mourir.


Devant la foule endiablée - ou de haine ou de peur, de soutien comme de colère - Lethe croise le regard de son ami, un sourire étranglé par la tristesse menaçant la courbe de ses lèvres. Elle s'y force, à cette épreuve, par respect, de ce peu d'amour qu'il reste quand tant de choses ont été faites et d'autres dites, à détruire toutes les chances de revenir un jour en arrière. Au devant de la liesse réclamant vengeance, Piglì se campe à ce soutien maladroit, elle qui n'a pas l'habitude de s'émouvoir devant d'autres, dans le bain si dense de tant de corps entassés. Mais il n'a pas besoin de son soutien, Mel; il sourit, convaincu comme un dévot qui va rencontrer son dieu. Aucune trace de peur sur son visage presque illuminé, détermination semi démente ou seulement feinte - dernier poing levé au devant de disciples trop exaltés, homme autrefois marginal et convaincu devenu véritable gourou de secte. Secrète, placide, Lethe sent poindre en son ventre la piqûre amère d'une déception. Venue retrouver une dernière fois son ami avant de le perdre, accorder le pardon que tout Homme mérite avant la mort, c'est l'extrémiste et l'aveugle que le monde retiendra encore, à cette dernière image. C'est l'ultime chose qu'elle verra de lui.
Es-tu seulement repentant, Mel ? L'avoueras-tu seulement un jour...

Et le mécanisme s'enclenche. Monte, vision inversée des enfers reconnus par les anciennes cultures.
L'hilarité s'en suit, écho terrifiant, exaltant répercuté entre les parois de l'ascenseur. Ultime raison donnée à ce qui ne pouvait être décemment pardonnée. Figée de stupeur, Piglì est entraînée par la foule, sans rien pouvoir y faire.

Bien plus qu'un rêve, encore - c'est l'effet des drogues les plus puissantes, celles capables de produire des sons et des images, des sensations et des odeurs détachées des lois physiques que le cerveau expérimente. Un spectre de lumière fait d'ondes au delà des limites connues, des nerfs épidermiques affolés par une composition physique nouvelle de l'air, énergie dopée par une concentration d'oxygène dans un organisme habitué à composer avec bien moins, la répercussion inexistante d'un monde sans paroi, à se croire dans une cage d'insonorisation. Mais la vue, surtout. Lethe se retient d'en pleurer, de cette vue. Littéralement. Stoïque Piglì, femme sceptique aux allures de statue sur son socle, elle sent des larmes la renverser comme un poète devant une oeuvre d'art. Devant la première oeuvre d'art qu'il a jamais vu. Lethe pense à sa mère. Lethe pense à son fils. Prête à éclater en sanglots, de très brèves secondes.


Je ne dois pas mourir.


Instabilité terrestre, hostilité locale. Dissimulée par la foule, Lethe prend le parti d'un immobilisme mutique. Soucieuse de ne provoquer la terre sous ses pieds ni les sauvages qui les visent. Son oreille absolue pour les dialectes et les langues reconnaît la proximité des langages, capte déjà des sons et et des phonétiques, la signification plausible de certains enchaînements de syllabes.
Mais elle ne compte pas rester pour s'en assurer, pas aujourd'hui.
Lethe ne voulait pas même monter là-haut pour commencer - pas aujourd'hui.
Elle aurait voulu faire les choses avec intelligence, prendre le temps de réfléchir le terrain et ne pas le laisser la surprendre. Désarmée comme une enfant, campée dans un silence inerte, elle ne voit aucun intérêt à sa présence, sinon une mise en danger inutile. Lethe ne pense qu'à son fils, son devoir de faire demi tour. Elle essaye, d'ailleurs. Se faufile comme une petite souris, entre les corps, les armes braqués, les pourparlers stériles. Ne va plus que pour redescendre, quand la terre s'ébranle à nouveau sous ses pieds.

Elle le voit, comme on est interpellé par son instinct. Dans la secousse, Saul lui apparaît pour disparaître ensuite, échoué au sol entre les corps. Dressée sur ses pointes, Lethe apperçoit l'homme qui, dans un éclair de clairvoyance, parvient à le tracter hors de la foule, et l'autochtone qui en vient à les menacer. Inquiétée, elle profite que le sol redevient stable pour dévier sa trajectoire, se heurte au courant à contresens à grande difficulté pour rejoindre le père de son fils. " Saul " Après ce qui lui semble être une traversée interminable, parvient enfin aux côtés de l'homme, non sans recevoir l'éclair de sa désapprobation au passage, fulgurante. Elle manque de ruer, Lethe - comme bien souvent, comme un réflexe. Tu ne comptes pas me reprocher d'avoir voulu t'aider, j'espère ?

L'autochtone, l'hostilité qui s'est peu un peu installée entre les deux côtés du monde lui parvient avant qu'elle n'ait mot dit. L'arme qu'il braque lui-même et la mère de son enfant dont il aurait sans doute préféré ne pas s'inquiéter maintenant. Un peu trop tard, Piglì amorce un pas de recul.
Et c'est la nature qui la fait réchapper à l'Homme.

Sous son pied, le sol s'effrite. Glisse. Déséquilibrée, elle se sent tomber en arrière. De terreur, son regard s'écarquille. Sa main se tend, attrape le vide.
Lethe roule comme un pantin désarticulé dans la pente.


On ne doit pas mourir.


" Cette fois on va bien être obligés de lui trouver un nom... Je n'arrive pas à croire qu'on ait fabriqué quelque chose d'aussi beau, tous les deux. "

Dans un réflexe dont son corps n'avait pas eu besoin depuis sa naissance, Lethe expulse terre et liquide hors de ses poumons en une toux douloureuse. Humide, broyée, à moitié assommée, elle roule sur le dos, arrache son visage au menu courant qui en noyait les courbes sous son corps.
Vision complètement fragmentée par le soleil, muscles groguis dans le froid de l'eau où elle s'est échouée, et une telle douleur dans l'épaule que ça menace de lui faire reperdre connaissance. Souffrante, Piglì se tortille pour s'asseoir, contemple le bras d'eau sur la rive duquel elle s'est lamentablement échouée. Se tord la nuque en l'air pour contempler la pente irréelle formée par la colline qui s'est affaissée sous ses pieds. Regard rabaissé sur son bras pendant lamentablement au bout d'une épaule disloquée, et c'en est assez pour qu'elle s'autorise à paniquer. Plus débrouillarde que quiconque dans ses galeries et taupinières, Lethe est aujourd'hui figée comme une poupée, incapable d'abstraire la moindre pensée constructive. Elle n'a aucune idée de ce qu'il convient de faire.

Une branche lui caresse la nuque quand elle bouge, à faire sursauter ce corps peu habitué à ce que quelque fantaisiste excroissance terrestre ne vienne agresser sa peau. Sonnée, elle tente de retrouver contenance, regarde le bras d'eau étendu autour d'elle sans même savoir ce qu'elle y cherche.
A dix mètres environ de là, un rocher plus sombre et plus longiligne que les autres respire. Elle ne sait même pas pourquoi elle prend le temps de plisser les yeux pour mieux voir, Lethe. A croire que son cerveau ne réalise pas encore ce qu'il a parfaitement vu. " ... Saul ! " Terreur. Le coeur affolé, Piglì appuie sur son bras valide pour se remettre sur ses jambes, s'inflige des douleurs évitables dans sa précipitation maladroite. Elle bat des jambes en une course improductive entre les centimètres d'eau et les plantes pour le rejoindre et s'échoue à nouveau dans la terre, les genoux enfoncés à côté de son corps, passablement affolée.

Visage pâle, des tâches rouges et noir qui lui décorent nuque, cheveux et col; aussi crasseux qu'elle, l'homme fait peur à voir. Enserrée de peur, Lethe cherche son pouls, se penche pour l'écouter qui respire. Ne prend pas la peine de dissimulerson soulagement à le voir se ranimer à son tour. Piglì oublie l'orgueil en cette minute de grâce, quand au regard qui s'ouvre sur son visage, elle coule une mine affreusement inquiète. " Attends, ne bouge pas. " lui intime Lethe dès qu'il s'agite, en le tenant pour ne pas causer de dégâts supplémentaires. Evalutation sommaire malgré l'absence de médecin pour leur porter secours.
" Est-ce que ça va ? "

RÉPONSE RAPIDE