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DOWNER - Lunien
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Message Sujet: « What's left after fear [Saul]    26.11.17 18:41



What's left after fear.
Alena & Saul


Flashback ▬ Deux ans plus tôt.

Elle se demande pourquoi l’odeur infecte des médicaments et des antiseptiques ne l’a pas réveillée plus tôt. Elle sait pas comment les turbulences liées à son transport en panique n’a pas suffi à la sortir de l’inconscience. Elle sait même pas ce qu’elle fout là en fait. Réveillée difficilement, les paupières incroyablement lourdes, ce fut un grondement inaudible qui lui échappa en premier lieu. Son corps ne lui répond qu’à moitié, engourdi au-delà du raisonnable et la douleur la lance un peu partout. Il lui aura fallu un moment pour trouver le courage et la force d’ouvrir les yeux afin d’affronter la réalité qu’elle percevait via les bourdonnements incessants au fond de ses oreilles. Des minutes qui s’écoulent tandis qu’elle tente de faire fonctionner son cerveau qui, elle en a l’impression, ne lui a pas servi depuis ce qui semble être une éternité. Enfin, elle se redresse, avec précaution, sur un coude. Alena prend son temps, grimace en constatant qu’elle en a besoin, mais surtout elle ne force pas. Elle ne se souvient pas assez des évènements pour prendre le risque de forcer. « Qu’est ce que… » La bouche encore pâteuse de par son mutisme récent, elle se racle la gorge et jette un coup d’œil aux alentours alors qu’une infirmière s’avançait désormais vers elle en la sachant réveillée. Faisant preuve d’une patience presque exaspérante, la Jaspe lui explique qu’il faut y aller doucement, qu’elle a été sévèrement touchée à la tête et qu’elle était par conséquent restée inconsciente un bon moment. Comme si le simple fait d’évoquer la blessure suffisait à raviver la douleur, la blonde passa une main sur son crâne dans un léger gémissement plaintif. La sensation du sang séché sur ses cheveux lui arracha un frisson et l’incita à baisser les yeux sur le reste de son corps afin de prendre conscience des dégâts. Elle avait pas mal de bandages, de pansements plus ou moins larges essentiellement le long des bras, de la taille. Des éclats de métal l’avaient atteint, de ce qu’en disait l’infirmière, et elle avait apparemment eu beaucoup de chance que les débris en question ne se logent pas à des endroits vitaux. La technologie de la Colonie avait permis de retirer les gravats sans encombre et il ne resterait par conséquent que des cicatrices, sûrement fines et bien blanches. Ce n’était pas comme si ça dérangeait la tatouée que d’avoir le corps un peu plus marqué de toute façon.

On lui expliquera par la suite que la douleur lancinante dans son dos, et la sensation de chaleur qui en émanait, provenait essentiellement de brûlures. Le souffle de l’explosion l’ayant balayé et… « L’explosion ! » Lâche-t-elle à voix haute, peut-être un peu trop fort d’ailleurs, surprenant au passage son interlocutrice. Elle avait presque oublié. Oublié pourquoi elle était là. Ce n’était pas tout à fait faux en fait, la blonde ayant l’impression d’avoir un trou noir à la place des souvenirs qu’elle aurait dû conserver de l’évènement. Elle se souvenait simplement être allée travailler, comme à chaque fois. Puis le bruit d’une explosion, qu’elle avait à peine le temps de véritablement percevoir avant que les évènements ne s’enchaînent. Une partie de la station explose, la suivante suit naturellement le mouvement et ainsi de suite jusqu’à ce qu’elle-même soit rajoutée à l’équation. Au moins cela expliquait ses blessures. Mais ce n’était pas suffisant pour combler son désir de savoir ce qu’il s’était réellement passé. Les plaies du corps, c’était rien. Elle pourrait encaisser, de toute façon il semblerait que le corps médical avait déjà fait son travail et si on oubliait la douleur et les maux de tête fulgurants, elle pourrait sûrement dire qu’elle allait bien. Bien mieux que d’autres, bien mieux que ce que peut espérer un Lunien blessé dans le cadre de ses fonctions. Mais alors que la jeune femme mourrait d’envie de poser de nouvelles questions, l’infirmière s’excusa et, accaparée par d’autres patients, s’éloigna sans ajouter un mot. Désemparée, l’ouvrière aurait aimé parler, questionner, se rassurer. Du regard elle cherche une présence mais rien n’apparaît dans son champ de vision si ce n’est ces fichus rideaux -à la couleur immonde- qui étaient censés apporter un peu d’intimité aux patients. Ravalant un grognement, elle se rallongea docilement, avec précaution, et fixa le plafond en silence, la gorge nouée par l’appréhension. Y avait-il eu beaucoup de blessés ? De morts ? Les dégâts matériels étaient-ils aussi terribles qu’elle le présageait ? Que s’était-il passé pour provoquer de tels dommages ? Pendant de longues minutes Alena en vint à se repasser sa journée en boucle, cherchant à savoir si elle avait pu commettre une faute aussi désastreuse. Tout cela était-il le fruit de sa négligence ? De celle de quelqu’un d’autre ? Peut-on sincèrement faire autant de dégâts à cause d’une erreur de débutant à la station ? Elle en doutait. Mais n’ayant aucune certitudes, la jeune femme préféra à la fois se blâmer à l’avance et à la fois haïr l’énergumène qui avait potentiellement créé tout ce chaos. Ce fut ainsi sur un sentiment de culpabilité et une colère sourde qu’elle finit par refermer les yeux et à s’endormir malgré elle.

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Alena ne s’en rend pas compte -incapable de la moindre psychologie- mais elle ne s’est pas réveillée par hasard. Ce n’est pas la chance qui a décidé qu’elle ouvrirait les yeux à ce moment précis, mais bien la voix lointaine de Saul. Saul qui, si elle n’entendait pas ses propos, était là. Elle n’en doutait plus, incapable de se méprendre quant à l’identité de l’homme qui occupe une place importante dans son quotidien. Grognement, plainte silencieuse, et la voilà déjà en train de se redresser sur son lit de fortune, s’y asseyant en tailleur sous d’épaisses couvertures qui la réchauffaient efficacement -bien qu’elle doutait de leur absolue propreté- tandis que des bruits de pas s’avançaient vers elle. La Lunienne a beau être sûre d’elle, elle ne peut s’empêcher de soupirer de soulagement en voyant la silhouette du représentant de sa faction se dessiner à côté de ces affreux rideaux. « Je vais bien. Ce fut ses premiers mots et sa détermination se lisait au fond de sa voix encore éraillée. Cela lui semblait important. Parce qu’elle savait que si les rôles avaient été inversés, son inquiétude première irait vers son état de santé, d’autant plus quand on sait ce qu’il a déjà subi et vécu. Mais à peine eut-elle prononcé ces paroles qu’elle tendit instinctivement une main en sa direction en un appel impérieux, bien que muet. Besoin de sa présence. De sa force. Besoin de la certitude que cela n’a rien d’un rêve, de la sensation que c’était désormais fini maintenant qu’elle n’était plus seule. Besoin de passer un bras autour de son cou pour le serrer contre elle, lui assurant ainsi qu’elle était en vie, autant que lui. Besoin de sentir l’odeur de la sueur et de la crasse, plutôt que celle des médicaments qui empestait la pièce, afin d’avoir l’impression d’être dans un environnement connu. Il lui fallait des repères, des certitudes, le temps d’une poignée de secondes qu’elle exigeait sans un mot. Une poignée de secondes sérieuses, intenses, avant que la moquerie ne suinte dans un chuchotement au creux de l’oreille du brun. Sors moi de là. » Ironie pour montrer qu’elle n’a pas changé, que les évènements n’ont pas eu d’impact. Ironie pour le rassurer, se convaincre elle même. Ironie pour couper court à l’intensité du soulagement qui l’avait saisi en le voyant et pour offrir une pause avant le sérieux des questions qu’elle comptait lui poser ensuite.

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DOWNER - Lunien
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Message Sujet: Re: « What's left after fear [Saul]    23.12.17 11:01


Il fixait l’enfer sous ses yeux avec une passivité qu’on lui connaissait peu. Son regard allait et venait sur les débris en fracas, un chaos organisé dans la colère, le mépris, la folie, mais ses pupilles sans cesse scannaient les pans de murs, les fissures du bétons et les flaques de sang avec une atonie irréelle. Comment. Les mains dans le dos, faisant jouer distraitement un morceau de tissu imbibé dans ses doigts crasseux, Vasarely – à défaut d’y voir quoi que ce soit - ressassait l’odeur et les sons dans un coin de sa conscience absente. Les boum et les crac et les papapa, les cris, le goût de larmes salés, le manque d’oxygène dans sa poitrine écrasée par le poids de la détonation et celui des conséquences. Impuissant, les bras ballants, le feu brutal qui avait émergé des ténèbres, l’enfer. Et l’adrénaline, puissante, qui avait projeté son bras jusqu’au talkie-walkie du chef d’équipe le plus proche et sa voix plus tremblante, gueularde, balancé vers des aigus de détresse frémissant la peur, l’angoisse et tout le bordel qui lui avait envahi les synapses et le cœur. Sortez nous de là. Il n’avait compris que bien plus tard que l’explosion était originaire de la station d’épuration, que les flammes avaient court-circuité l’électricité des sous-sols et que la fumée qui se propageaient à une vitesse phénoménale dans l’étage Tesla finiraient par tuer les moins avertis.  Saul avait évacué sa propre équipe, verrouillé les portes du réacteur avec les principaux responsables encore présents, enclenché les systèmes d’aération, dirigé les commandos d’Agate dans le labyrinthe des lieux de production, avec la fermeté, le leadership et le sang froid qui lui incombaient. Avec l’abrutissement de sa position et le manque d’empathie qu’il lui fallait pour continuer de fonctionner, sauver ce qui pouvait l’être. Et dire adieu au reste.

Les pieds plantés dans le béton noirci, il eut un frémissement d’épaules, un réflexe nerveux. Le même qu’il avait déchiré son corps de la machinerie jusqu’à l’autre bout de la chair dès qu’il avait eu l’occasion d’un moment de solitude. Celui qui avait fait siffler ses oreilles, couler des larmes silencieuses à travers la poussière de ses joues. Il ne restait rien. Envolé, parti. Détruit. Dans un moment d’enfer, dans les flammes léchant les parois de la cage et celle des os. Il avait frappé son crâne contre une paroi de métal, réveille-toi Saul, réveille-toi, mais rien que la douleur d’un os malmené et le bruit de l’impact. Sans justice, sans sentence. Ils étaient partis en fumée. Saul n’a pas dormi. Quatre jours qu’il ne dort plus. La fatigue s’accumule sous ses yeux et dans ses nerfs avec force d’énervement et de maladresse. Alors qu’il aimerait pouvoir réfléchir au pourquoi, ses pensées se mêlent et s’entremêlent dans les souvenirs et les tendresses ; du coup, il les arrête. Il les empêche. Il censure l’interdit, une tristesse trop forte. Il ne pense à rien.

Ses jambes le mènent malgré lui à travers les couloirs, loin de la puanteur de Tesla, et ce n’est qu’en aspirant l’odeur nauséabonde des barbituriques que Saul réalise ce qui l’entoure. Quatre jours qu’il vient et va entre le charbon et les aiguilles, une routine qu’il entamait plusieurs fois durant la journée, lui permettant de passer le temps, les minutes, les heures, dans le silence de sa caboche. Il slalomait entre les sas, croisant patients, médecins et infirmières, ne jetant un regard à personne, saluant encore moins ceux qu’il avait déjà croisé trois fois durant la journée, ou peut-être cinq ? Il n’était pas certain. Machinalement, sa main tira le rideau où le lit de la patiente Hodson avait été apprêté depuis plus de trois jours. Mais à ce moment fatidique du quatrième jour, au sixième tour de la garde de la journée, là où reposait généralement le corps endormi de l’amie, le matelas était vide et des draps neufs avaient été soigneusement pliés sur le bord du lit. Saul sentit l’air quitter sa gorge dans un gémissement douloureux. La violence de l’acte fut immédiatement interceptée par une Jaspe au visage contrit, qui posa sa main sur son épaule avec une douceur impeccable. « Elle est réveillée. » Dit doucement la fille, pour ne pas déranger les patients présents dans la salle. Deux secondes plus tard, Saul secouait la tête en direction du médecin, avec un regard qui venait comme de reprendre pied avec la réalité. Elle tendit un bras en direction d’une seconde salle vers laquelle il s’enfuit immédiatement sans prendre le temps de la remercier. « On a été en mesure d’identifier votre père. » Continua l’autre. « Pas maintenant. » Balança Saul un peu trop fort, un peu trop méchamment, un peu trop pressé par l’envie de serrer le bout de femme dans ses bras.

Elle l’accueillit en tailleur sur son lit, un sourire crispé de douleur sur le visage. Je vais bien. Saul se statufia dans l’habitacle qui formait la chambre précaire de la patiente, le tissu du rideau serré dans une main, l’autre empoignant toujours le morceau de tissu déchiré. Alena et ses cheveux en bataille, sa gueule fatiguée, le regard un peu inquiet, passant des couvertures à son visage avec un besoin inné d’être rassurée. Elle tend une main vers lui et Vasarely se précipite. Les siennes enlacent les morceaux de chairs roses, alors qu’il l’enlace dans un silence lourd de sens, une inquiétude qui s’évapore lentement avec force de respiration difficile, il siffle et peste et engouffre l’air à nouveau dans des poumons qui se souviennent finalement du verbe respirer. Sans transition, la moquerie perce le ton de sa voix, et Saul rit doucement en embrassant sa joue. « Sorry, kiddo. Pas en mon pouvoir. » Le représentant tire une chaise jusqu’au lit et s’y installe dans un grincement métallique significatif. Il fixe longuement la jeune femme dans son costume de dégât collatéral et ratisse à la loupe les expressions de son visage. Dans un éclair soudain, Saul vient farfouiller dans sa poche et en tire la pierre de lune, emblème des Luniens, marquée du nom d’Alena. « Tiens. Je l’ai retrouvé dans les décombres. » Il la retourne prestement et lui montre, tracé finement dans le métal, la petite croix des sacrifiés que lui-même possède au revers de son insigne. La croix de ceux qui ont visité les enfers et s’en sont retournés, symbole interdit par le Conclave des années auparavant. D’un doigt sur sa bouche, il lui glisse un clin d’œil et le pin dans sa main frêle encore rougi par l’incident. Distrait un instant, il jette un coup d’œil aux alentours déserts et silencieux. Un silence nouveau, soudain. Un silence qu’il n’a pas connu depuis quatre jours. Se rappelant soudain des priorités, Vasarely se redresse un peu brutalement : « Tu veux de l’eau ? A manger ? »

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Message Sujet: Re: « What's left after fear [Saul]    23.12.17 12:18



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Flashback ▬ Deux ans plus tôt.

Elle lève les yeux au ciel, esquissant l’ombre d’un sourire dans le même temps pour contrebalancer cet air faussement exaspéré qu’elle arborait. Quel intérêt de représenter sa faction si l’on ne pouvait même pas faire sortir une patiente de l’infirmerie, franchement. L’ironie aurait pu passer le barrage de ses lèvres, en d’autres circonstances, mais ce fut dans un éclair de lucidité que la blonde se rappela les responsabilités qui incombaient à Saul. De nombreux Luniens avaient été blessés, ou tués, et elle n’osait imaginer ce qu’il avait dû faire pour gérer toute cette affaire. Il était responsable d’eux, alors même qu’il n’avait rien demandé, alors même que cet accident n’était en rien de sa faute. Alena imaginait les insomnies, les discours, les décisions à prendre. Elle visualisait la foule aussi, celle qui demande des explications, continuellement. Alors la jeune femme ravale ses sarcasmes, trop compatissante de la situation merdique dans laquelle Saul a dû se retrouver englué pour se permettre d’en rire. Elle le plaint, sincèrement, mais se garde bien d’en parler. L’ouvrière se contente de profiter de l’étreinte partagée, puisant en l’homme une force qui lui faisait défaut, y cherchant des étincelles de joie, de plaisirs simples. L’inspiration est profonde, apaisée, quand elle sent la barbe du brun qui lui chatouille la joue tandis qu’il y dépose un baiser. Puis elle l’observe de nouveau, inquiète l’espace d’une seconde en le sentant s’éloigner, puis soulagée en le voyant s’emparer d’une chaise pour s’installer à ses côtés. Elle savait qu’il ne serait pas parti aussi vite, pourtant les évènements récents semblaient faire ressortir en elle des angoisses de gamine qu’elle ne se serait pas soupçonné. Une peur de l’abandon féroce, exacerbée par le poids que la solitude a revêtu pour elle ces derniers temps. Elle ne voulait plus être seule, pas avec ses pensées tantôt incohérentes tantôt noires, pas avec ses blessures autant physiques que mentales. Elle ne voulait pas être seule, alors elle ne voulait pas qu’il parte. C’est sûrement pour cela qu’elle ne se sent pas gênée par le regard qu’il pose sur elle, là où dans d’autres circonstances elle aurait été agacée d’être dévisagée de la sorte, comme une petite fille pour qui on s’inquiète un peu trop. Elle avait trop de sentiments à gérer pour se soucier de ceux des autres et elle-même l’observait avec trop d’intensité pour le blâmer d’en faire de même.

L’attention de la jeune femme dévie toutefois en même temps que ses prunelles, l’acier de ses yeux se posant sur le bout de métal que lui tendait l’homme. Sa pierre de lune à elle. Elle esquisse un sourire en la voyant, amusée par le soulagement qu’elle éprouvait à l’idée de la récupérer, douce ironie lorsque l’on pense au nombre d’années qu’elle avait passées à rêver d’une autre pierre que celle-ci. Ce fut délicatement qu’elle tendit les doigts, la caressant des yeux et n’éprouvant pas le besoin de remercier Saul tant elle ne doutait pas du fait qu’il comprendrait l’importance que revêtait cette simple attention pour elle. Alena était grande gueule, pourtant elle ne parlait pas toujours pour rien. Mais avant de récupérer son insigne, Saul lui dévoile une petite gravure rajoutée discrètement au dos de la plaque, une petite croix infime qui suffit à faire sursauter son cœur dans sa poitrine. Elle ne s’y était pas attendue et, la surprise passée, elle n’était pas sûre de mériter ce petit ajout. Certes elle admettait volontiers que les Luniens se chargeaient des travaux les plus ingrats, les plus dangereux aussi comme pouvaient en témoigner leurs accidents respectifs, pourtant elle se sentait coupable. Peut-on vraiment estimer qu’elle a eu la vie dure, malgré la chance qu’elle avait eu ? Chance de se trouver une famille de substitution, chance d’être bien entourée, chance d’avoir survécu à cet attentat avec au final très peu de blessures. Elle n’était pas lui, qui avait perdu ses jambes (pour mieux les récupérer d’une certaine façon). Elle n’était pas le Lunien lambda qu’on a dû amputer, envoyer faire un autre métier à cause de maladies ou de douleurs physiques trop importantes. Elle n’était pas non plus morte. Ainsi la culpabilité se mélange à la fierté, le doute à la détermination, la honte à la rancœur. Et dans ce mélimélo d’émotions, Alena préfère ne retenir que son mal de crâne et en vient donc à décider qu’elle aurait le loisir de se poser des questions plus tard. Beaucoup plus tard.

La jeune femme se contente donc de récupérer son bien dans un léger sourire, les yeux brièvement embrumés de larmes, serrant dans son poing abimé la pierre avant de soupirer. Si elle avait eu la volonté de se redresser pour accueillir son compagnon, elle se sentait déjà épuisée aussi s’empressa-t-elle d’ajuster les oreillers dans son dos pour s’appuyer contre eux, s’allongeant ainsi à moitié. Ce fut de nouveau la voix de Saul qui la rappela à la réalité et elle fronça les sourcils un bref instant, méditant les questions pourtant simplistes qu’il lui posait. Elle avait l’impression que cela faisait une éternité qu’elle n’avait pas eu à écouter son corps, ou son esprit. Elle se sentait donc incapable de vraiment savoir si elle avait faim, ou soif. Elle ne savait pas ce qu’il lui fallait, peut-être étais ce pour cela qu’on la gardait encore à l’infirmerie malgré ses grognements et ses protestations. Dans le doute, elle offrit ce qui lui paraissait être la réponse la plus sensée : « De l’eau oui, je veux bien. » Hochant doucement la tête comme pour affirmer sa décision, elle lui jette un coup d’œil et le suit des yeux tandis qu’il se lève, cherche ce dont elle a besoin, reviens avec un gobelet de métal rempli du précieux liquide. Le remerciant du bout des lèvres, Alena observa dans un premier temps le contenu de son verre, l’esquisse d’un sourire narquois finissant par naître sur son visage. Elle fut tentée de renverser lentement le liquide au sol, comme si elle avait besoin de provoquer elle-même un gâchis pour assimiler celui, bien plus conséquent, qui avait été provoqué par l’explosion de son lieu de travail. Evidemment elle n’en fait rien Alena, se contentant de secouer la tête, une lueur hargneuse au fond des yeux, avant de prendre quelques gorgées qu’elle savoura avec plaisir. Puis, lentement, elle rabaissa le gobelet, le conservant dans une main, son regard perdu dans le vague pendant un moment.

« Il fallait parfois plusieurs dizaines de minutes pour calmer des personnes à qui l’on a annoncé de mauvaises nouvelles. Commence-t-elle d’une voix plate, sans jamais cesser de fixer son verre. Je sais pas si c’est à cause de ces crises d’hystérie, ou si c’est parce que les réponses semblent évidentes pour tout le monde sauf nous, ou si c’est parce que les infirmiers ont trop de travail. Léger ricanement. Des Jaspe qui ont trop de travail. S’amuse-t-elle en songeant à la pénibilité du travail Lunien. Elle avait beau savoir que le corps médical devait être débordé au vu des circonstances, et elle avait beau savoir qu’elle leur devait sûrement la vie, elle ne parvenait pas à se montrer clémente. Toujours aussi hargneuse, rancunière. Jalouse. Malgré tout elle reprend le fil de ses pensées. Enfin quoi qu’il en soit, on m’a rien expliqué. Juste que ça a explosé, du coup on m’a fait la liste complète de mes blessures, à quel point c’était grave ou pas, la chance que j’ai eu de ne pas avoir d’organes vitaux de touchés. Mais on m’a rien dit de plus, comme si de toute manière je savais déjà tout vu que je suis la première concernée. Ils arrivent pas à piger que mon crâne c’est devenu un putain de trou noir. La vulgarité refait surface, doucement, dans des grognements rageurs qu’on lui connaissait bien mais qui témoignaient surtout de sa folie du moment. Elle en avait marre, de ne pas savoir. Marre, de fouiller sa mémoire sans jamais rien y trouver. Lasse des défaillances de son corps, agacée par les incompétents qui ne voulaient pas combler ce vide. C’est pour cela qu’elle finit par relever les yeux vers Saul, le fixant avec une intensité nouvelle, le défiant de ne pas se défiler lui aussi. Il avait pas le droit de la laisser seule. Pas le droit de la laisser dans l’ignorance non plus. Dis moi, toi… J’arrive pas… J’arrive pas à me souvenir bordel, alors dis moi. » Malgré sa colère, malgré son obsession, il y a quelque chose de plus douloureux qui l’anime. C’est comme une supplication, le genre de prières qui ne provient jamais d’elle. Alena Hodson ne supplie pas, elle préfère même crever dans sa merde plutôt que de demander de l’aide. Mais là, c’est pas pareil. Elle a besoin de savoir, c’est vital. Et même si elle ne le dit pas à voix haute, elle a surtout besoin de l’entendre lui. Lui dont elle ne doute pas de la parole, lui qu’elle suivrait aveuglément s’il le lui demandait. Les mots des autres sont traîtres, leur vérité à eux peuvent ne pas lui convenir à elle. Mais la vérité de Saul était précieuse, sûre. Elle n’aurait voulu des paroles de personne d’autre.

- BLACK PUMPKIN


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Message Sujet: Re: « What's left after fear [Saul]    



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