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UPPER - Samek
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Message Sujet: time cures all wounds / etna    20.11.17 17:17


if i could find a way to see this straight
i'd run away to some fortune i should have found by now

Les vagues se brisent sur les pilotis; Seti les entend, mais il ne ressent plus les vibrations qui viennent doucement chatouiller la maison qu’il occupe, seul, depuis bien trop longtemps. Il entend leur son, toutefois, une musique cristalline à ses oreilles, un rythme rassurant, un arpège que seule la nature peut recréer – les flots sont abondants, ces temps-ci, mais pour un Samekeen, il s’agit là d’une bonne nouvelle. Le courant amène les barrages à pleine capacité et leur procure toute l’énergie dont ils ont besoin pour vivre, eux et les autres. L’eau, pour lui et pour le reste des clans, était plus que la source de la vie. Un rayon de soleil vient fendre les nuages, illuminant un petit bibelot serti d’onyx posé sur le bureau. Ses yeux brillants s’attardent sur les prismes illuminés avant de se porter vers l’extérieur. Les prochaines journées lui apporteraient des conditions idéales pour la construction des navires réputés qu’il avait la chance de savoir bâtir. Les pluies diluviennes qu’on prévoyait par la suite, nuages sombres poussés par les vents qui faisaient rugir la rivière, lui feraient perdre quelques journées de labeur.

Alors il s’extirpe de son confort et affronte le soleil, inspirant quelques bonnes bouffées d’air frais sur le pas de la porte. Il enjambe branchages et rocaille jusqu’au village, où il salue quelques Samekeens déjà à l’ouvrage, avant de se diriger vers le rivage où sont installés les carcasses encore décharnées qu’il s’affairait à transformer en véritables colosses marins. L’odeur de marée le frappe aux narines sans qu’il ne réagisse. C’était l’habitude, la routine; le parfum caractéristique de la rive, aussi rassurante que les effluves du gibier rôti partagé avec le reste du clan. Or, ce n’est pas l’habituelle silhouette déconstruite, abstraite d’un navire qu’il aperçoit en premier. Contrastant avec les madriers aux angles droits, le matériel brut, non raffiné, une forme tout en courbes, délicate, est appuyée contre l’ouvrage inachevé. « Etna. » Le colosse prononce les deux syllabes, posé. Ses traits taciturnes ne laissent guère entrevoir le soulagement qu’il ressent pourtant alors qu’il constate que la jeune femme est indemne. Leur dernière rencontre s’était clôturée prématurément par le départ de la Lamedeen, impromptu, inopiné; une mauvaise habitude qu’il ne lui reprochait guère, sauf lorsqu’il se retrouvait à ne pas entendre parler d’elle pendant plusieurs jours – ou encore des semaines entières, dans ce cas-ci. En apprenant que la génitrice de la jeune femme s’était éteinte, il avait cru qu’elle viendrait chercher du réconfort, comme elle le faisait déjà à l’occasion; s’ils avaient en commun le mépris d’une certaine famille Zayin, ils se retrouveraient également dans le deuil.

Or, ça n’était que maintenant qu’elle réapparaissait, après de longues semaines du silence le plus entier. Il aurait dû savoir qu’elle s’était isolée temporairement. Même pour une femme comme elle, qui avait fait de la forêt son domaine, reine chasseresse en ces terres hostiles, une part de lui n’avait pu s’empêcher de s’inquiéter qu’elle ne se soit donnée à la fureur sylvaine pour échapper à un monde sans sa mère. Il lance son sac d’outils à la base d’un bateau inachevé; le claquement des outils se réverbère dans la vallée tranquille. « J’ai osé espérer que tu réapparaitrais un jour. » Une commissure en l’air, un brin sarcastique, mais bienveillante, et un regard complice viennent ponctuer le commentaire. S’il n’était pas disposé à admettre quelque inquiétude, elle le devinerait sans doute d’elle-même.
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UPPER - Lamed
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Message Sujet: Re: time cures all wounds / etna    23.11.17 6:07




time cures all wound.
seti & etna

« It’s strange how people can long for something that never happened. How people can physically ache for an almost. A nothing that could have been something. »
Elle avait besoin de toucher, Etna, à mesure qu'elle contournait le chantier, l'oeil curieux s'attachant aux détails, ses doigts se perdant sur la structure naissante. L'esprit s'emballait déjà, alors que se traçaient dans sa tête les lignes imaginaires venant esquisser le croquis du navire en devenir, de manière un peu bancale, un peu surréaliste, aussi. Il fallait avouer qu'elle ne s'y connaissait guère en la matière, la fille de la forêt, ne perdant pourtant rien de cet éclat vrillant ses prunelles dès qu'elle se trouvait à déambuler sur la rive. Il y avait toujours eu une indéniable admiration à l'égard de cet art tout particulier, à s'intriguer de ces constructions prêtes à se glisser sur le fleuve, à retenir son souffle jusqu'à ce que leurs contours ne se dissipent. Un peu plus encore, probablement, depuis qu'elle avait rencontré Seti. A finalement ne plus douter du fait que c'était bien se oeuvres les plus travaillées, les plus grandioses, à son humble avis inexpérimenté. C'était pas quelque chose qu'elle allait crier sur tous les toits, à mijoter cette réflexion pour elle, comme au fait d'une vérité qu'il n'était pas donné à tout le monde de comprendre. L'ombre d'un sourire décrispant son visage, elle finit par s'arrêter distraitement dans sa contemplation, ses pensées s'égarant, bercées par le calme ambiant qui tendait à anesthésier ses sens. C'était rassurant, de se tenir là, à imprégner ses bronches de cet air si particulier. Chaque inspiration s'oubliait dans la légèreté, loin d'écraser sa cage thoracique comme à l'approche de la sylve, d'incendier ses entrailles contre le flanc de la montagne. D'aussi loin qu'elle s'en souvienne, le coeur avait toujours battu plus sereinement lorsque les pas se portaient à l'est. L'échine ignorant l'ouest natal, les cils ne balayant jamais vers le nord, à ignorer tant bien que mal la cordillère colossale.

Il avait fallu qu'elle s'enfonce dans la crique pour que l'éclaircie s'amorce au fond de ses pupilles. Le long de ses os fatigués, à l'intérieur des noeuds parsemant ses muscles, quelque chose s'animait, ondine insaisissable venant se tordre, saisir ses entrailles. Pour la première fois, l'émotion du retour se manifestait, brusquant un peu la Valandir, loin du bouleversement qu'elle avait pu s'évertuer à taire quelques jours plus tôt en territoire lamed. Un frémissement se greffa à sa chair, en réponse à la voix tranchant dans l'amosphère ambiante, ses lèvres se détendant avant même qu'elle ne pose le regard sur lui. « Seti. » C'était la première fois qu'elle disparaissait aussi longtemps, avare de nouvelles, à semer l'inquiétude dans son sillage sans jeter un regard en arrière. Elle ne lui avait pas dit au revoir, ne sachant pas alors qu'elle s'éloignerait des semaines durant. C'était presque l'esquisse d'un regret qui avait traversé la Lamedeen, à se remémorer le départ précipité, à fuir le Samekeen, comme à de si nombreuses reprises, cette fois-ci incapable de se faire violence pour revenir. La langue se déliait sur son prénom, soulagement muet perçant fugacement l'iris sombre qui détaillait sa carrure de géant. Immobile, à l'observer approcher, la satisfaction détendit ses traits alors qu'elle souriait de plus belle, bien malgré elle. « J'me suis dit que j'allais finir par trop te manquer. J'voulais pas que tu te morfondes trop longtemps, alors il fallait bien que je revienne un jour ou l'autre. » L'innocence se promenant dans ses mots, c'était un crépitement taquin qui ponctuait son regard, la détachant finalement du bateau alors qu'elle s'approchait de lui. Un oeil jeté en direction du loup qui n'avait de cesse de parcourir le rivage, à renouer avec le territoire, elle finit par s'humecter les lèvres pour gagner un peu de temps, reprenant la parole maladroitement. « J'aurais aimé revenir plus tôt. Ou partir plus tard. » C'était des paroles qu'elle avait eu le temps de ruminer, qui sortaient pourtant dans un certain désordre. La fierté nouant sa gorge depuis bien trop longtemps pour qu'elle ne parvienne à formuler un simulacre d'excuse, elle avait pourtant besoin de le dire, de relâcher un peu de cette pression qui ne l'avait pas quittée depuis la dernière fois. Relevant vers Seti des prunelles éternellement farouches, dans lesquels perçait quelques échos timides, la brune finit par rétracter brutalement toute gêne susceptible d'encadrer ses dires. « Mais j'vois que tu n'as pas traîné. » Changeant de sujet en désignant l'entreprise prodigieuse des navires, elle lui pressa affectueusement le bras avant que sa main ne s'envole, se postant à ses côtés pour contempler les travaux. Elle était un soupçon nerveuse, après tant de temps d'absence, à ne plus bien savoir comment se comporter, surtout après la dernière fois. A feindre le détachement concernant les raisons mêmes de cette absence prolongée, le sujet maternel, pourtant persuadée que depuis le temps, tout le monde avait dû en entendre parler. « J'vais pas te retarder, hein ? » C'était presque une fausse excuse, alors qu'elle lui coulait un regard en biais, habituellement bien peu encline à l'inquiétude de débarquer au moment inopiné. A l'image des marées insaisissables, Etna était faite de départs prématurés et de retours détachés, d'un pas l'approchant d'un peu trop près, et de dix autres de recul. D'un mot se glissant dans une sincérité téméraire, et d'un regard fuyant. Elle en oubliait peut-être un peu, Etna, que c'était Seti qui se tenait à ses côtés. L'une des rares personne à qui elle avait offert le loisir de la connaître, et de l'apprivoiser. Elle ne pouvait pas feindre la nonchalance, pas avec lui. Elle le savait, dans le fond, alors que ses lèvres se tordaient légèrement et que ses pommettes arboraient quelques teintes plus rosées, son regard papillonnant loin du sien comme pour rattraper les mots égarés, à enfoncer le clou en se moquant presque de ces faux airs qu'elle pouvait se donner. « Parce que t'as l'air d'avoir pas mal de travail, à ce que je vois. » Elle s'enfonçait, Etna, à avoir fait délibérément le trajet et à faire mine d'hésiter. Mais c'était aussi doux qu'impressionnant, après tant de temps, de retrouver l'un de ses points de repère sans chanceler.
(c) DΛNDELION
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Message Sujet: Re: time cures all wounds / etna    27.11.17 18:20


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Il avait presque oublié le timbre de sa voix, dans lequel il repérait pourtant des harmonies familières – le tranchant de celle de Saya, le sarcasme amusé de feu son épouse. C’était comme si Seti les oubliait un peu, à mesure que les années s’égrenaient. Les deux syllabes de son prénom, renvoyées comme par un miroir, conjuguées à un sourire insistant suffisent à faire se dissiper la déception qu’il entretenait à son propre égard. À son tour, il ose étirer une commissure, lâchant un long hmm sonore, faisant mine de ne pas être fort convaincu. Il ne l’était pas, après tout, mais il ne lui ferait pas preuve d’irrespect en le soulignant ouvertement. Taquine, la chasseresse exulte une innocence qu’il avait perdue depuis longtemps; il avait longtemps souhaité baigner dans cette aura de légèreté et de liberté qu’il percevait chez Etna, s’aveuglant volontairement quant aux raisons de ses départs tumultueux et de sa farouche indépendance. Ils exprimaient les mêmes sentiments de manière différente et Seti l’avait rapidement compris.

Dans les excuses sous-entendues, le charpentier perçoit une ironie criante qu’il ne souligne toutefois nullement, se contentant de hausser les épaules. « J’t’en tiendrai jamais rigueur », fait-il simplement sans s’attarder aux raisons sous-jacentes. Etna n’avait jamais exprimé le besoin de s’excuser auparavant et il ne savait pas pourquoi c’était différent cette fois. Peut-être était-ce en raison de la longueur de son exil, peut-être en raison des circonstances qui l’entouraient. D’aucuns auraient pu lui reprocher de se comporter comme une gamine, à feindre l’indifférence et à ne guère se soucier de l’inquiétude des autres, mais il comprenait, en quelque sorte. Il aurait probablement fait la même chose s’il n’avait pas toujours eu Sina pour le forcer à déverser ses entrailles émotionnelles, d’une façon ou d’une autre. « Traîner c’est pas dans mon vocabulaire. Le chef m’permettrait jamais », réplique-t-il finalement, vaguement amusé, posant sa main sur l’épaule de la jeune femme pour réciproquer les doigts posés brièvement sur son propre avant-bras. Elle observe le chantier avec un intérêt mitigé, enchaînant les remarques malhabiles, non sans amuser le colosse. Si le regard de la jeune femme s’attarde sur les proues inachevées, il sait son esprit ailleurs, préoccupé.

« Etna, joue pas l’étrangère avec moi », lui conseille-t-il finalement alors qu’elle feint l’hésitation, comme si elle tentait d’arracher à Seti une invitation à rester. « Tu m’déranges jamais. Tu m’as jamais dérangé, pourquoi ça serait différent? » Faute d’être diplomate, il n’en est pas moins bienveillant; il invite la Lamedeen à s’avancer entre les carcasses en construction, marchant d’un pas lent. Le loup observe avec intérêt, complètement immobile, un poisson qui s’est aventuré trop près de la rive, ses instincts revenus au galop en la présence d’une proie facile. « Salmay m’a dit pour ta mère. » Les condoléances sous-entendues prononcées à demi-mot ne sont accompagnées que d’une légère pression sur la main sur la jeune femme, les doigts fins et délicats brièvement encarcannés dans la paluche rugueuse, couverte de cicatrices. Si Etna se refusait à amener le sujet sur le tapis, alors il le ferait, ne serait-ce que pour lui rappeler qu’il était passé maître dans l’art morbide du deuil. Il comprendrait si elle ne souhaitait pas en parler; or, quelque chose lui murmurait, une petite voix dans un recoin de son esprit, qu’elle n’était pas venue à lui pour rien.


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