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UPPER - Samek
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Message Sujet: It takes time to be a man / Seti     19.11.17 21:36


Le bois mouillé grinçait sous les dizaines d’aller-retour du samekeen qui préparait son bateau. Il chargeait quelques caisses préalablement remplies et soigneusement fermés, destinée aux Lamedeen qu’il allait voir. Rien de très important. Des babioles promises de quoi garder un semblant d’entente. Il détestait arriver les mains vides. Sous le poids de l’une d’elle, le pied de Sina manqua de traverser une planche du quai. « Puta ! » Les rires de trois bambins qui l’avaient visiblement entendu balaya aussitôt sa contrariété. Il posa son index contre ses lèvres pour les dissuader de répéter. Repéré par leur nourrice, elle s'empressa de les ramener à elle non sans glisser quelque reproche au brun et à son manque de tenu. Il se mit à rire, tentant tant bien que mal de dédramatiser la situation mais en vain, elle avait déjà filé. Il haussa les épaules puis reprit ses préparatifs.

A la hauteur de l’eau, Sina su qu’ils étaient déjà en retard. Il leva son nez de ses cordages à la recherche de son frère qui avait promis la veille de l’accompagner de l’autre côté du Delta pour récupérer Hannia ainsi que quelques enfants Samek. Ou du moins, il l’avait fait promettre. Pour qu’ils profitent du voyage pour partager des rares moments d’intimité, loin des regards, loin des responsabilités. Là où seul le vent décidait quoi faire de leur sort.
Son regard fit le tour des pilotis environnant, à la recherche d’une carrure qui surplomberait le commun des mortels. Sina n’eut pas à chercher longtemps pour comprendre, qu’en plus de ne pas être dans les parages, il avait surement oublié. D’un bond agile, il remonta sur le quai et, dans le chemin contraire, il se prit de nouveau le pied dans la planche défectueuse. Il se mordit la langue pour ravaler son agacement vulgaire, évitant le courrou d’un quelconque passant.

Il savait parfaitement où le chercher. Sina passa de pilotis en pilotis. Il se permit même de monter sur la barque d’un vieux pêcheur pour atteindre l’autre côté de la rive plus facilement. Il remercia le vieil homme d’une tape sur l’épaule. C’est en enjambant plusieurs rondin de bois qu’il arriva sur le chantier de construction naval. Il trouva Seti du premier coup d’oeil, le nez penché sur son œuvre. En s’approchant, l’ombre du brun recouvrit son frère, l’empêchant d’y voir clair sous les rayons du soleil. « Si j’étais une femme, je serais jalouse que tu me caresses pas comme tu caresses ce bois. » Les bras croisés sur son torse, son sourire accompagne sa blague idiote. « Enfin. Si j’étais une femme et pas de la même famille. » Qu’il préfère préciser, soudainement dubitatif. Faisant le tour de la coque encore en conception, il pointe du doigt le ciel. Là-haut, le soleil atteint son apogée. « On sera jamais rentré avant la tombée de la nuit. »


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Message Sujet: Re: It takes time to be a man / Seti     20.11.17 19:01


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Il n’avait pas besoin d’apporter de telles touches de finition aux navires qu’il bâtissait. C’était sa fierté, sa signature d’artisan que de graver dans les madriers vernis des symboles de bon augure pour les voyages en mer, des figures augustes, parfois des créatures marines bienveillantes. Penché sur son œuvre, le temps file à la vitesse d’un coup de vent opportun. Seti n’avait pas oublié la promesse qu’il avait faite à son frère – il avait simplement perdu la notion des minutes, des heures qui s'égrenaient bien malgré lui à un rythme trop soutenu. Le charpentier naval n’entend pas les foulées précipitées sur le sable fin et ne semble pas outre mesure prêter attention à l’ombre qui occulte son ouvrage – un nuage de passage, sans doute, qui ose faire l’affront de lui barrer le soleil. Il ôte les copeaux de bois d’un geste souple, glissant ses doigts le long d’une gravure pour envoyer les retailles dans le sable avant de souffler dessus, exposant le motif marin. « Pose-toi un peu et apprends du maître. Peut-être que tu sauras en retenir une un jour, après ça. » Le colosse lève le regard vers son frère et se lève d’un bond, venant serrer le chef dans ses bras dans une accolade fraternelle, l'emprisonnant momentanément dans un carcan de chair et d’os duquel il aurait bien du mal à s’extirper.

Les outils se fichent dans le sable alors que Seti les envoie valser près de son banc et il secoue ses vêtements, sur lesquels d’innombrables copeaux de bois se sont attachés. Son regard se porte ensuite sur l’astre que pointe Sina avec insistance; Seti ne fait que balayer l’air devant lui de la main. « Les vents au retour seront cléments. Suffit de ne pas trop s’attarder là-bas. » Débarquer, avec l’aide des gamins à l’apprentissage, le contenu qui avait sans doute été chargé dans le navire ne serait pas problématique. Certes, sans doute le soleil serait-il près de l’horizon lorsqu’ils viendraient à quai, mais ils parviendraient sans problème à rentrer sains et saufs. Abandonnant derrière lui son projet chéri, Seti prend la direction des quais. Il savait bien que Sina n’était pas venu simplement pour admirer son travail – si ça lui avait momentanément échappé, il savait qu’ils devaient mettre les voiles au plus vite. « Tout est prêt? » demande-t-il enfin alors que les docks apparaissent, au détour d’un amas rocheux. Il ne se sentait pas coupable de ne pas avoir contribué au chargement. Il aurait pu aider, certes, mais Seti était toujours plus utile lorsqu’il s’acharnait sur la conception de ses navires, quoi qu’on en dise.

Repérant, quelques mètres plus loin, les enfants Samek qui jouaient sur le bateau que les frères s’apprêtaient à emprunter, Seti siffle sèchement, pouce et majeur entre ses lèvres. « Descendez de là, on part! » les interpelle-t-il. Un sourire apparaît à ses lèvres en les voyant détaler, rieurs. Ils avaient hâte de retrouver leurs comparses et il ne pouvait pas leur en vouloir. Lui-même avait passé de mauvaises années auprès des Lamed, mais était toujours heureux de rentrer là où il se considérait chez lui; ça n’avait pas changé, avec les années. Les planches du bateau craquent doucement lorsqu’il monte à bord, mais l’exceptionnelle stabilité de la barque parvient sans problème à compenser le poids qui s’y rajoute. « Prends les commandes, que je repose mes doigts », lance-t-il à Sina sans réellement lui laisser le choix. Il se laisse tomber sur un siège, prêt à décoller, observant l’horizon de son œil expert.


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Message Sujet: Re: It takes time to be a man / Seti     21.11.17 18:33


Faussement vexé par sa réponse, Sina serre le poing, prêt à le loger dans son épaule. Pour le principe ne pas se laisser faire. Il n’a cependant le temps de rien qu’il est fait prisonnier d’une accolade fraternelle. Il râle et rit à la fois, ne pouvant refuser ça à son frère. Il tape dans son dos avant de se défaire et porter son attention sur le soleil. « N’en demande pas trop au vent veux-tu. Tu risquerais de le contrarier. » Et le navigateur était le mieux placé des deux pour savoir qu’il n’y avait pas plus imprévisible que le souffle de mer nature. Il était bien moins optimiste que le plus grand des Mensekt. Bien que sa réelle inquiétude était de ne pas revenu à temps pour le festin du soir. « Il ne manque que ta belle crinière au vent. » Il le devance pour arriver aux cordages en premier et prendre le temps nécessaire pour décrocher le tout.

Les enfants réprimandés par Seti manquent de se prendre les pieds dans les cordes. Il n’a pas le temps de se mettre sur le côté qu’il se fait bousculer et encore moins le temps d’hausser la voix qu’ils sont déjà partis. Sina secoue la tête, le sourire aux lèvres malgré tout. Il saute d’un bond léger dans la barque et déroule la voile qui gonfle aussitôt. De son pied il dégage la barque des quais et prend la barre. « Comme si j’allais laisser tes grosses paluches d’ours nous conduire. » S’il laissait toute la puissance à Seti, il prenait volontiers la agilité nécessaire à naviguer sur les flots. Alors que le vent les pousse lentement, la joyeuse troupe de bambin réprimandée quelques minutes plus tôt accourent le long de la plage de galet, agitant leur petite bras en l’air. Sina les imita aussitôt avant qu’ils ne restent que des petites silhouettes surexcitées. Ils perdirent très vite la vue sur leur village pour que la nature reprenne ses doigts.

Le marin abandonna la barre, laissant le courant faire son travail. Il plongea son pied nue dans l’eau et le sortit aussitôt pour arroser son frère. « A quoi tu penses ? » Demande-t-il pour le sortir de ses pensées. « Personne ne va toucher à ton boulot, détend-toi. » Car à moins d’un incident, personne n’oserait interrompre le chantier. Qu’il soit celui de Seti ou non. Un bateau un moins, c’était une pêche plus maigre ou échange commercial moins fructueux. Il se laissa tomber non loin de son frère, dans les sacs de toile qui formait une allonge toujours plus confortable que son lit. « J’irais voir Salmay en arrivant. Je te laisserais décharger. » Il ne demande pas son avis, sachant très bien qu’à défaut de boire un thé chaud chez le Lamdeen, il n’avait pas envie de croiser le regard d’un autre locataire.


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Message Sujet: Re: It takes time to be a man / Seti     23.11.17 20:25


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Il ne relève pas le commentaire, laissant simplement un petit sourire complice flotter sur ses lèvres. Seti vivait au jour le jour, une minute à la fois, et advienne que pourra; c’est bien ce qui faisait de Sina un meilleur chef, quoique l’on pense de sa tendance au pessimisme. Certes, c’était aussi lui le navigateur, celui qui avait pour amantes la mer et la brise, celui qui murmurait aux vagues pour qu’elles le mènent à bon port. Le colosse était juste… optimiste. Naïf, peut-être, mais il n’avait guère de raisons de se montrer sceptique alors qu’il embarquerait avec le meilleur navigateur du clan. Ils reviendraient à temps, sains et saufs, pour profiter du repas du soir – Seti en était convaincu. Un bond étonnamment leste pour un homme de sa taille suffit pour que le batelier se retrouve à bord, prêt à s’abandonner aux flots. « Sans mes paluches d’ours, comme tu dis, t’aurais même pas de quoi naviguer », réplique-t-il, une commissure surélevée pour souligner l’évidente plaisanterie. Ce n’était pas faux, dans un sens; d’autres bâtissaient des bateaux tout aussi utiles que ceux qu’il pouvait construire lui-même. Or, il savait que Sina préférait utiliser ceux qu’il avait conçus, sans en connaître la raison. Peut-être était-ce par fierté, ou encore par confiance; sans doute un peu des deux. Les mains sèches, gercées, tailladées et recouvertes de cicatrices plus ou moins apparentes avaient un air brouillon à côté des œuvres d’art détaillées qu’il pouvait faire d’un simple lot de planches de conifère. Le regard rivé sur son chantier, il n’est sorti de ses pensées que par le son de la voix de Sina, qui vient trancher les bruits environnants de la houle et des oiseaux marins, et les quelques gouttelettes qu’il s’affaire aussitôt à assécher. « Non, non. C’est pas ça », fait-il, utilisant un ruban de corde pour attacher ses cheveux au sommet de son crâne. Il savait bien que personne n’oserait déranger ses plans, dérober ses outils ou saboter son travail : les Samek en dépendaient tous, et les autres clans avaient peu de façons de se rendre dans la crique sans passer sous l’œil prudent des riverains.

Ce n’était pas ça, mais ça n’était pas rien, non plus. Naviguer jusqu’au principal village des Lamedeens signifiait potentiellement croiser la route de son rejeton, fils avec qui il avait rompu tout contact depuis un certain nombre d’années. Il le savait en sécurité entre les mains douces et aimantes de Salmay et ça lui suffisait. La noyade qui avait emporté sa femme n’était plus récente, mais elle demeurait un événement dont il valait mieux ne pas lui parler sans qu’il l’ait mentionné d’abord. La même chose valait pour sa sœur Saya; la seule personne qui arrivait à lui arracher la moindre réminiscence à son sujet était Sina, sans quoi il demeurait désespérément muet à son sujet auprès d’inconnus. « Bien sûr. Je m’occuperai des marchandises, rassemble les gamins et on repartira assez tôt pour éviter la pénombre. » Seti savait que ça continuait de tarauder son frère. Il cale derrière ses oreilles quelques mèches rebelles, otages des vents marins, observant l’horizon, puis le chef, désormais enfoui dans la cargaison. « Ça t’arrive de te demander si tu ressembles plus à ta mère ou à ton père? » demande finalement le colosse, curieux. Lui-même n’avait jamais connu ses parents et ignorait à quoi ils pouvaient bien ressembler, voire ce qu’ils avaient pu faire dans leur vie. Il s’imaginait parfois que son père était du genre créatif et bon vivant, et que sa mère lui avait transmis patience et respect. D’autres fois, c’était l’inverse. La fratrie Mensekt ne s’était jamais offusquée de leurs différences, qu’elles soient physiques ou de caractère; ils n’étaient pas liés par le sang, mais par quelque chose d’encore plus fort, à son sens. Le devoir, le respect. « Saya était vraiment comme toi, en tout cas. Vous avez p’t-être des ancêtres en commun. » Il sourit, un peu mélancolique, mais essentiellement apaisé.
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Message Sujet: Re: It takes time to be a man / Seti     17.12.17 11:01


Ses yeux bruns s’attarde sur le visage de son frère durant les quelques secondes de silence qui suffisent à traduire le fond de sa pensée. Seti avait accepté de faire le chemin jusqu’aux Lamedeens avec lui, ce qu’il n’avait pas fait depuis un long moment. Il mentirait en disant qu’il n’avait pas été surpris. Il avait eu l’espoir que son frère fasse enfin la paix avec la perte de sa compagne pour accueillir son fils dans le vide qu’elle avait laissé en lui. Les Mensekt accordent une grande importance à l’héritage et par conséquent à leurs progénitures, adoptés ou non. Secrètement, ça désolait Sina de voir son neveu séparé de son père qui aurait tant à lui apprendre.

Ils se mirent finalement d’accord pour que Sina récupère les enfants pendant que Seti déchargeait les quelques marchandises. Ce qui fit taire les espoirs du chef quant à de possible retrouvaille. « Faudrait-il encore que Salmay me laisse partir rapidement. » Il sourit rien qu’à l’idée de retrouver son amie réputée pour ses accueils chaleureux. Ce qui avait le mérite de trancher avec la froideur de la Sylve d’Abidah. Les bras croisés sous son crâne, Sina se laisse importer par les remous marins qui agitent l’embarcation. Les yeux clos, il ne compte que sur ses oreilles pour déceler le moindre changement de courant. Le doyen Mensekt lui ferait regretter une telle confiance à coup de pagaie, comme à son habitude. Sans la question de son frère, il faillit laisser le sommeil l’emporter. Le brun fronça les sourcils par surprise avant de vraiment réfléchir à la question. Et il en avait aucune idée. Son manque de réponse prouvait qu’il n’y avait jamais vraiment réfléchir. Plus jeune, il s’était surtout demandé ce qu’ils leurs étaient arrivés pour ne pas pouvoir garder leur enfant, l’aimer et l’élever comme ils auraient du. Le tout avec une certaine rancœur. « Pas vraiment, non. A vrai dire quand j’étais gosse c’était l’inverse. Est-ce que mon père se demandait à quoi je ressemblais ? » Il plonge sa main dans sa tignasse, dégageant les mèches de son front pour mieux profiter de la brise.

Son coeur se serre lorsqu’il évoque Saya. Il ouvre qu’un oeil pour ne pas subir le soleil qui frappe directement sur son visage. Il observe Seti un instant comme pour attendre la moindre suite. Il finit par rire, peu convaincu des dires de son frère. « Tu dis n’importe quoi. Il s’extirpe de sa couche de fortune pour aller reprendre la barre, quelque peu remué par la déclaration du charpentier. Non. Saya était… » Unique. Le mot reste coincé dans sa gorge. Il fixe l’horizon pour ne pas avoir à la regarder. A sa droite, les collines indiquent ils arrivent au delta, plus de la moitié du voyage. « Tu veux savoir qui ressemble vraiment à Saya ? Il retrouve un sourire, aussi amusé que fier. Hanniah. Je mettrais ma main à couper qu’elle est même plus intelligente qu’elle. Et qu’elle fera surement tomber plus d’homme. Lo siento hermana. » Il plonge sa main dans l’eau avant de la poser sur son coeur en s’adressant indirectement à sa défunte soeur. De cette note légère surgit dans son esprit une autre remarque. Sina se pince les lèvres, hésitant. « Tu devrais venir voir qui te ressemble. » Il n’a pas besoin d’évoquer son neveu pour que cela paraisse évident. Lui qui, à défaut d’avoir la carrure de son père, portait de nombreux point commun avec lui. Il essaye, au risque de se confronter à un non directe suivit d’un mutisme pesant qui le fera peut-être regretter.


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Message Sujet: Re: It takes time to be a man / Seti     27.12.17 11:48


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La réflexion ne surprend pas le colosse. Sina avait toujours été plus porté à réfléchir au passé que lui, bien que l’on puisse aisément reprocher à Seti de s’embourber constamment dans des souvenirs doux-amers. Sa famille de sang, Seti ne la connaissait pas; ils ne s’étaient jamais manifestés. Peut-être qu’ils ne l’avaient jamais abandonné, peut-être qu’ils étaient morts. Qui sait, vraiment? Il n’avait jamais posé la question aux patriarches qui avaient précédé Sina et plus personne désormais connaissait la réponse à ses hypothétiques questions. Sans doute était-ce une bénédiction cachée que de ne pas avoir la propension à se torturer l’esprit avec ce genre de considérations. Quant à Hanniah, petite protégée de Sina, la prunelle de ses yeux noisette, c’est vrai qu’elle avait la même fougue que Saya, à l’époque. D’une façon différente, mais il y avait bien des ressemblances, même si faire l’amalgame avec sa défunte sœur pinçait doucement le cœur du charpentier. « Laisse-lui le plaisir d’être une gamine normale avant d’espérer qu’elle se jette dans les bras d’un autre. Tu perdras ta place de favori, après ça, l’oublie pas. » Un bref sourire éclaire ses lèvres et il ricane doucement, laissant échapper un soupir amusé. Seti avait l’impression que Sina, lui-même sans enfant, avait adopté informellement la gamine plus qu’il ne l’avait prise sous son aile. Son attachement envers la brunette était évident – et, même s’il ne l’avouerait jamais tout haut, un brin émouvant.


L’hilarité qui l’anime meurt finalement, s’éteignant un peu plus à chaque seconde qui suit la remarque de Sina. Décontenancé, il s’agrippe à quelques secondes qui paraissent une éternité avant de répondre, la voix basse. « C’est pas à moi qu’il r’semble. » Le mutisme est étrangement éloquent. Le silence qui s’installe, brisé uniquement par le claquement des voiles dans la brise et la houle sur la coque, demeure un peu trop longtemps pour demeurer confortable. Façonné étape par étape par deuils et pertes à foison, il a changé, s’est transformé pour devenir chaque fois un peu plus taciturne. La peine lui colle à l’âme comme des accoutrements mouillés sans rien laisser voir sur son visage de marbre, tailladé par son labeur et ses inquiétudes, à l’exception de rares moments comme celui-ci où le masque tombe. Rarement n’est-ce pas devant son unique fraternel. Il est le seul, après tout, à pouvoir compatir à sa langueur. Il r’semble à sa mère. Comme deux gouttes d’eau, il voit les traits de feu sa femme dans chaque ridule qui vient creuser ses paupières lorsqu’il rit, dans chaque soupir. Les lames s’émoussent avec le temps, mais le fer qui le tenaillait demeurait invariablement tranchant. « Il est bien, là, avec Salmay et son cousin. Ça le dégourdit. » Qu’est-ce qu’il en savait, finalement? Pas grand-chose. Seti ne passait que trop rarement pour même de simples politesses. « Il restera sans doute parmi les Lamed. C’est ce qu’on me dit, en tout cas. » Il ne sait pas pourquoi il passe le message. Sina était sans doute plus au fait qu’il ne pouvait l’être. Salmay lui avait glissé le mot avec des pincettes, des gants blancs et toute la douceur dont elle pouvait faire preuve, comme si elle s’imaginait que d’entendre la nouvelle le briserait encore un peu plus. À vrai dire, ça ne lui faisait rien. Le vide. Pas de fierté, pas de regret – et c’était davantage cette vacuité qui le taraudait.



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Message Sujet: Re: It takes time to be a man / Seti     



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