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UPPER - Lamed
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Message Sujet: I wanted to say goodbye to someone, and have someone say goodbye to me. (oz)    19.11.17 13:38




It never ends, the bruise of being.
ozark & etna

« I wanted to say goodbye to someone, and have someone say goodbye to me. The goodbyes we speak and the goodbyes we hear are the goodbyes that tell us we´re still alive. »
L'astre opalin pour seul témoin, l'ombre se découpait à l'arrière des bâtisses. Après des semaines d'absence, c'était sans un bruit que la dernière des Valandir finissait par regagner le clan. Le pas timidement amorcé à l'entrée du hameaux, vaguement hésitant, elle avait aux tripes la sensation de s'être égarée en chemin. Les retours n'avaient jamais été gais, dépourvue de cette lueur qu'elle décelait dans l'oeil de ceux qui l'accompagnaient, parfois. Ce qui ressemblait à du soulagement, qu'elle n'avait jamais compris. De celui qui devait la saisir dès qu'elle effectuait le trajet inverse, distance croissante entre eux et elle. Entre ces terres qu'elle connaissait par coeur, ces visages qui demeuraient inlassablement, après tant d'années, et le palpitant qui ne s'animait jamais si bien que dans la forêt. N'importe où, d'ailleurs, si ce n'était ici. Le sentiment n'avait pas faibli avec les années, amertume ne s'amenuisant guère avec l'habitude, poids écrasant ses côtes jusqu'au prochain départ. Rares étaient les instants de répit, où chaque inspiration ne la meurtrissait pas, ne tordait pas son ventre, dans cette foutue impression d'être coincée. Captive du territoire de ses ancêtres sans parvenir à disaparaître, inévitablement ramenée auprès d'eux, auprès d'elle. Revenir avait un autre goût, ce soir. Funambule dévorant les mètres la séparant de sa maison, elle avait peur de ralentir et de chanceler, de se retrouver à faire demi-tour sans se retourner. Hélant le loup qui s'attardait, à renouer avec les lieux si souvent délaissés, celui-ci ne tarda pas à s'ancrer à nouveau dans son sillage. Qu'on ne la remarque pas, qu'on ne l'interpelle pas. Elle n'était pas prête, Etna, à s'inventer un sourire encore une fois. Le souffle court dans l'appréhension, elle se sentait un peu lâche, subitement, à se précipiter jusqu'à chez elle en ignorant les quelques personnes qu'elle croisait. Comme une étrangère s'immisçant chez eux, les épaules s'affaissaient alors qu'un sifflement encourageait son compagnon à ne pas se disperser.

La porte se referma brutalement sur l'emprise glaciale de la pierre, arrachant un frisson à son échine. Elle resta quelques minutes immobile, silencieuse dans la pénombre, à laisser sa vue s'accoutumer à l'obscurité. Il fallait toujours un certain temps pour que chaque chose retrouve sa place, que les lieux redeviennent familiers. Se déplaçant à la seule lueur dispersée par les fenêtres, les doigts effleurant les murs distraitement, elle se délestait de ses affaires dans le désordre, peinant à se concentrer. Arc et carquois abandonnés à l'entrée, besaces emplies à craquer délaissées au beau milieu de la pièce, chaque sens s'éveillait à mesure qu'elle progressait à l'intérieur. Lorsqu'elle finit par se décider à utiliser les piles récupérées sur le marché un peu plus tôt, ce furent les dessins qui se révélèrent, placardés le long des murs entourant sa couchette, la figeant une fois de plus. Amas de couleurs s'emmêlant sous ses prunelles, qui se perdaient de paysages en paysages, de visage en visage. Le coup qu'elle se prit dans la gueule en tombant sur elle résonna jusqu'au fond de sa poitrine. Un geste sec, et elle le décrocha, feuille tremblante entre ses doigts soudain maladroits. Et y'a tout qui lui revint, après des heures à réapprivoiser la route la ramenant à sa maison. La dernière fois qu'elle s'était barrée, avec la promesse muette, coincée au fond de sa gorge, de ne jamais revenir. La douleur couvant en sourdine, laissée derrière elle, à ne plus passer devant chez elle tous les jours. Au fond du thorax, quelque chose se serra, après quelques secondes à détailler les traits que le temps avait commencé à brouiller, l'air songeur de la mère la poussant à reposer le croquis, à s'en détourner complètement. Au milieu du désordre envahissant son esprit, il y avait quelque chose de plus accessible, de plus rassurant. L'agacement qu'elle attrapa au vol, après l'avoir mis en sourdine. La tension se glissant le long de ses terminaisons nerveuses, crispant les muscles, brusquaient les gestes qui commençaient à extirper des sacs tout ce qu'elle avait pu traîner avec elle le long de son trajet solitaire. Avec aisance, elle se glissait dans des ruminations agitées, à se remémorer la colère d'Epios, un peu plus tôt. Les foudres se glissant au fond des pupilles du marchand, non content de la voir repointer son visage angélique au Delta, après tant de temps à l'y avoir abandonné. Mauvais pour le troc, c'est tout ce qu'il savait cracher, accueilli par les sourires et les hochements de tête insolents de la brune. Elle s'en foutait bien, habituellement, de ses accès caractériels, à se plaindre de ce qu'elle pouvait ramener de ses chasses les moins productives, à ne jamais reconnaître le travail bien fait. Tant qu'elle obtenait ce qu'elle voulait, se contentant de peu sur le marché, elle s'en foutait.

L'humiliation, en revanche, elle peinait à la digérer. Un air buté barrant son front, elle l'avait écouté vociférer au beau milieu des étals, critiquer l'égoïsme, le manque de sérieux qui semblaient la caractériser. Elle était fatiguée, Etna, éprouvée par l'interminable voyage, par le poids du retour. Elle avait les nerfs qui s'électrisaient pour un rien, à sentir Vásar tendre le dos à ses côtés, en réponse au désarroi qui la gagnait. Une main glissée dans le pelage rugueux de l'animal, l'éclat d'une rage feutrée derrière ses cils, ses lèvres étaient demeurées scellées, frôlant le point de rupture. Les paroles acerbes lacérant son esprit sans que sa langue ne parvienne à se délier, brutalisant le calme qui persistait en surface, camouflant l'orage la dévorant. Elle la fermait, parce que c'était ce qu'elle faisait de mieux. Le contempler alors que les traits se figeaient dans un masque d'indifférence, crispant ses doigts sur l'échine du loup qui ne devait pas s'agiter, c'était sur ce-dernier qu'elle focalisait son attention, inlassablement. Aucun grondement ne serait toléré. Aucune animosité devinée par l'un ou l'autre, par l'individu lambda ne souffrant la présence de la créature à leur proximité. Gestes rassurants dispersés à sa nuque, le vide creusant ses oreilles à mesure qu'elle en oubliait ses paroles, elle avait fini par tourner les talons sans un éclat de voix. Et ça lui restait en tête, pourtant, à la Valandir, bien après. L'estomac lourd du regret de s'être tue, de l'envie de s'éloigner à peine revenue. Il n'y avait rien pour elle ici, c'était ce qu'elle s'était souvent dit. La vérité étant qu'il n'y avait pas grand chose ailleurs non plus, hormis le calme se glissant derrière ses paupières à la nuit tombée, malgré les territoires hostiles. Les journées passées à ne jamais se demander ce qui pourrait bien se passer, entraver sa route. Rien ne rivalisait avec le poids de rentrer, de retrouver les murs de cette habitation, de déballer ses affaires une à une, en les rangeant machinalement, et de ne jamais se sentir à la maison. Un peu moins encore depuis que la mère s'était envolée, l'abandonnant à son tour. L'esprit perdu, la poitrine vide et les mâchoires crispées, elle avait la sensation de s'enfermer à nouveau, cette fois-ci de son plein gré.
(c) DΛNDELION
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UPPER - Zayin
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Message Sujet: Re: I wanted to say goodbye to someone, and have someone say goodbye to me. (oz)    20.11.17 14:18


etna
&
ozark
being alone has a rhythm, like running. It's when you stop that you realize how tired you are.
L’astre solaire s’éteignait à l’horizon, emportant dans son sillage ces lumières éternelles et pourtant éphémères éblouissant la voute céleste de son éclat. Orbe de feu incertain, le soleil laissait sur son passage la rémanence d’un astre évanescent à la chaleur tout aussi volatile. Sa besace sur le dos, la lanière de cuir lui striant le torse diagonalement, Ozark épaulait son labeur avec résolution, deux lapins aux babines ensanglantées pendant le long de ses hanches. Sa journée avait été intangible, mélange suranné de débats et de fausses inimitiés. Le brun avait laissé Jakar au Delta, refusant la compagnie du destrier qui était devenu sa monture dès qu’ils avaient scellé leur contrat. Le marchand était trop causant à son goût, celui-ci une compagnie qu’il souffrait par obligation, comblant le silence à la moindre occasion de peur d’affronter le vide que ce néant vous laisse entre les lèvres. Dénouant les nœuds en sa tête, en son buste, le Karnak n’avait rien d’autre que cette absence entre les lippes, pas même quelques banalités à échanger. Messager de l’obscurité, il trainait dans son sillage un linceul d’ébène s’élevant haut dans les nuées en son dos. Le jour arrivait à sa fin et avec lui Oz avalait les derniers mètres d’un pèlerinage incertain l’ayant trainé d’un bout à l’autre des limites de son univers. Les os fatigués, l’échine courbée par la lassitude, il observait les contours du village Lamed son battant se languissant d’un foyer qu’il n’avait jamais réussi à trouver ailleurs que dans sa solitude. Les montagnes appelaient son âme, l’empêchant de se reposer la nuit alors que contemplant le ciel il rêvait de ces promontoires battus par les vents. Pourtant, une fois le jour venu, il se mettait à marcher sans jamais vraiment savoir où son cœur le menait. Peut-être était-il perdu. Peut-être cherchait-il encore ce foyer auquel son âme aspirait.
Poursuivant l’opalescente plus qu’il ne suivait son amant de feu, Ozark traversa le village Lamed sous les prunelles curieuses de ses habitants. Visiteur régulier, autant par amour du savoir que pour ses nombreux contrats, il n’était pas rare que les regards des habitants ne s’arrêtent sur le Zayinéin perdu si loin de ses terres. À jamais un étranger, le Karnak n’avait jamais trouvé de refuge capable de contenir son malaise. Il traversait l’univers, allochtone permanent exempt de port où déposer ses bagages. Naufragé échoué au mauvais débarcadère, Oz ne s’était jamais senti à sa place en ce village, le vide entre ses côtes rongeant sa chair dans l’espoir de tarir ce malaise l’écrasant en dedans. Les yeux posés sur le sol, une main portée à la lanière de sa besace, le protecteur n’avait cure de ces passants aux prunelles intriguées. Apôtre terrassé par les vents, il souhaitait juste trouver la chaleur d’une maison et la douceur d’une amitié. Plus tôt ce jour-là, foulant le Delta de sa démarche lourde et cabossée, il l’avait vu se présenter face à Epios les yeux éteints et pourtant la fougue ourlant ses lippes. La jeune femme était sauvage, plus tellement une gamine et pourtant au cœur la rage de ces enfants poussant leurs premiers cris déchirés afin de se faire entendre par l’univers. Malgré lui, Ozark n’avait pas pu détourner les prunelles, contemplant le spectacle d’un œil inquiété. Son dos était droit, pourtant la revêche lui semblait voutée. À croire qu’elle épaulait difficilement tous les problèmes en sa besace. À croire qu’elle trainait à sa suite des années de regrets et même pas une bougie pour en éclairer le désordre. La Valandir lui était apparue de travers. Peut-être que c’était son sourire ou bien ses prunelles éteintes, peut-être que c’était la manière qu’elle avait de se tenir le dos droit et pourtant l’échine brisée. Il savait pas trop Oz, il avait jamais bien su.
La bâtisse était un savant mélange de pierre et de glace pour l’homme n’ayant jamais connu que la chaleur des yourtes de son village. À chaque fois qu’il se devait de rester en un autre village que le sien, le Karnak peinait à fermer l’œil le logis lui étant offert toujours trop étranger pour cet homme fait d’habitudes. Secouant ses chaussures devant la porte d’entrée, Ozark tira sur la lanière de son sac afin de se défaire de ce poids. Avec un naturel que nul n’aurait remis en question, le Zayinéin ouvrit la porte de cette maison de pierres, mausolée sanctifié d’une âme en terre que tous attendaient d’oublier. Le spectacle qui s’offrit à ses prunelles était exempt de toute une chaleur, il n’y avait plus rien en cette demeure si ce n’était une poupée de chiffon se noyant dans la vie. Les ombres dansaient sur les murs, le halo de lumière éclatant contre les feuilles de papier en milliers d’étincelles alors qu’aux pieds de la belle sa bête reposait. En un sifflement aigu répété de trop nombreuses fois, Ozark appela Vásar avec une familiarité effarante pour quelqu’un ne l’ayant pas approché tant de fois. Laissant tomber sa besace à même le sol, il posa un genou à terre alors qu’Etna posait un regard mortifié sur le visiteur impromptu qu’il était. Un sourire défait lui déliant les lèvres, le Karnak empoigna la bête à pleine main en caressant le pelage le cœur exempt de toute crainte. Pleinement absorbé par la tâche, le brun ne se souciait guère des prunelles enflammées de la maîtresse des lieux ni même de la moue contrite lui éclaboussant les traits. Se contentant de secouer l’animal avec gaité, il frotta son front contre celui du loup alors que des mots échappaient ses lèvres comme dans la confidence. « Moi aussi je suis heureux de te voir, tu sais. Oh oui, je sais bien mon gros, tu m’as manqué aussi. Je t’ai ramené de quoi manger d’ailleurs, oui, c’est pour toi. » Arraché à cet échange entre lui et Vásar, Oz leva les yeux en la direction d’Etna une fois que celle-ci eut cessé de se racler la gorge. Envoyant un sourire absent en sa direction, il reprit sa discussion silencieusement cette fois, ses mains se promenant le long du pelage de l’animal alors que ce dernier s’abandonnait pleinement à sa poigne. Totalement inconscient des raisons de l’irritation de la Valandir, le Karnak ne s’était pas arrêté une seule seconde sur les éclairs reposant dans son regard ou les traits tirés qu’elle affichait, une lassitude profonde lui creusant le visage. L’homme était aveugle face à l’homme, celui-ci toujours un gamin égocentrique et autocentré que pour pleinement comprendre que, comme lui, les autres possédaient un univers fait de complexités en leur encéphale. « Tu peux le manger comme ça ou je peux te le faire griller avant. Non, non, non. Un lapin pour moi, un lapin pour toi. Arrête d’essayer de tout manger. » Un rire cristallin s’échappa de ses lippes alors que sa main enserrant l’encolure de la bête, il le tenait éloigner des maigres vivres qu’il avait ramenés de son voyage du Delta jusqu’au village.
CODAGE PAR AMIANTE

RÉPONSE RAPIDE