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Message Sujet: Improbable n'est pas impossible. // Rost    19.11.17 9:31


La nuit avait enveloppé depuis longtemps de son noir manteau la communauté. Le froid mordant passait par les joints mal fait des fenêtres et de la porte que de vieux haillons bouchaient sans grand succès. Près de la cheminée, Salmay était plongée dans son livre avec le fol espoir de faire abstraction de l’hiver qui s’est abattu sur eux il y a quelques semaines. Les deux canidés étaient allongés près d’elle : cherchant non seulement la chaleur humaine mais également celle naturelle du feu. Salmay n'arrivait pas à dormir,  ne trouvait aucun repos à s'allonger : son esprit n’étant pas en reste ces derniers temps. Pour ne pas dire jamais. Elle avait un mauvais pressentiment, une intuition tenace qui la tenait éveillée la nuit et qui occupait son esprit le jour la rendant distraite. Impuissante face à la teneur de ses pensées : elle ne pouvait que tenter de démêler ces sentiments pour y voir plus clair. Il faut dire que les récentes négociations, ayant encore échoués, l'effrayaient. Elle était terrorisée à l’idée de revivre l’enfer dont elle était sortie in-extremis. Salmay n’était pas une guerrière, sa carrure ne lui donnait pas la force nécessaire pour se battre. Elle était une femme de lettres, qui parle pour se défendre et trouver un terrain d’entente. La vie était basée sur des compromis. Mais certains ne laissaient pas le temps aux dialogues. Les Zayinéns étaient le parfait exemple mais comme toujours des exceptions chamboulaient la donne et rendait le tableau gris à défaut d’être monotone. Il faut dire également qu’elle était encore bien trop traumatisée pour vouloir être dans un conflit ou subir une quelconque forme de violence.

Quand on frappa à sa porte : Salmay sursauta, se leva et d'instinct attrapa sa lance posée à côté d’elle. Les deux chiens s'étaient  eux aussi levés et  grognaient contre un ennemi encore invisible. L'arme de fortune appartenait à son père et elle avait appris à la manier avec Manek et lui. Malgré la lance dans ses mains, les canidés à ses côtés : la peur l'a tétanisait maintenant qu’elle était debout. Quand on frappa à nouveau, elle prit une longue inspiration et s'approcha de la fenêtre pour regarder dehors. Une carrure imposante, mais aucun visage. Le vent faisait claquer les vitres de la maison et sifflait avec force comme annonciateur d’un mauvais présage ? Décidant d’être brave une fois de plus : elle entrouvrit la porte.

“Bonsoir, c’est pour ?” Quand elle reconnut enfin le visage de l’individu malgré l'obscurité, elle se décala et ouvrit la porte. Il n’y avait pas cinquante mille personnes ayant ces traits durs. “Rentre. Il fait froid.”

Salmay laissa Rost rentré et posa la lance près de la cheminée avant de caler à nouveau la porte avec de vieux vêtements pour stopper en vain le froid de rentrer. Les deux chiens montraient encore les crocs alors l’éducatrice s’approcha pour les caresser et les rassurer. Ils ne retournèrent pas pour autant près du feu et restèrent près de leur maîtresse. Son cousin n’était pas là ce soir, ni le fils de Seti : elle était seule. Sans rien dire, elle mit de l’eau à chauffer et alluma quelques bougies pour y voir plus clair.

“Ce n’est pas un temps pour sortir.” Une phrase comme une autre. La vérité était qu’elle ne savait pas encore comment réagir face à l’homme qui avait été son bourreau bien que cela n’était  pas leur premier rendez-vous. “Viens te réchauffer près du feu.” Une invitation comme une autre. “Qu’as-tu pensé du livre que je t’ai prêté ? As-tu trouvé des réponses ?” Salmay était prête à répondre aux questions s’il en avait.

Il faut dire que l’homme qui était maintenant chez elle avait montré un goût prononcé pour leur histoire. Au début réticent, Salmay avait finalement accepté de partager son savoir avec Rost et ce même après qu’il est avoué avoir fait partir de l'escadron ayant frappé les siens. En échange, il lui apprenait à se battre ; lui donnant donc plus de chances de se défendre si un jour elle devait à nouveau faire face au danger.

En attendant, elle mit quelques herbes dans deux tasses de fer que l’eau chaude viendrait infuser plus tard.
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Message Sujet: Re: Improbable n'est pas impossible. // Rost    20.11.17 9:57


D’un geste maladroit et pressé il referma l’amas de papier qu’il tenait précieusement dans la main. Comme toujours les réponses étaient là mais imprécises, elles lui donnaient encore et toujours envie d’en savoir plus. Il restait sur sa faim comme toujours, et ses pas se pressaient déjà pour en récolter d’avantage. Il ne saurait dire d’où ce besoin de connaissance lui venait, c’était assez nouveau en fait. Il ne s’était jamais posé de questions avant. La vie venait comme elle venait. Ils n’avaient que faire du passé pour vivre, encore fallait-il qu’ils survivent au lendemain. Pourtant, dans une impatience qui lui était familière maintenant il récupéra son manteau en peau de renard, l’enfila avec hâte et se dirigea vers la porte. D’un geste il intima au chien de rester à sa place. Le cabot ne broncha pas et se rallongea comme son maître le lui avait demandé. Il avait fallut pas mal de temps avant qu’il arrive à l’éduquer parfaitement mais à présent il lui obéissait au doigt et à l’œil. Une petite fierté qu’il aimait montrer.

Le chemin entre les deux clans était biscornu et long mais il en valait la peine. Sa descente vers la forêt fut tout de même rapide, son pas était assuré, il connaissait parfaitement ces lieux, il y chassait souvent, tout bon Zayin se devait d’être à l’aise dans les alentours de chaque clan. En tant que bon protecteur, il n’avait même pas besoin d’y aller à pas feutré en écoutant le danger, perdu dans ses pensées il n’avait même pas remarqué qu’il était déjà devant la porte de la Lamedeen. Soudain il se trouva bien stupide de venir la déranger à une heure pareille pourtant il n’attendit pas plus avant de frapper deux coups à sa porte. La réponse se fit tarder et il poussa un fin grognement. La cheminée était allumée elle devait sûrement être là. Il tapa à nouveau, il faisait un froid de canard, il n’avait pas fait tout ce chemin pour rien quand même.

Il releva légèrement sa tête encapuchonnée quand elle ne le reconnut pas et il n’eut même pas le temps de dire quoi que ce soit qu’elle l’invitait à entrer. Il ne se fit pas prier et s’engouffra dans la maison. La chaleur lui brûla la peau et il enleva rapidement sa capuche. Un fin rictus se logea sur ses lèvres quand elle posa la lance qu’elle tenait précieusement contre elle, il avait commencé à bien la former mais même avec ça elle n’aurait pas fait le poids contre lui. Pauvre Lamedeen. Il l’écouta sans dire mots, et ne prit même pas la peine de se dévêtir, il n’était pas là pour passer du temps avec elle. Il n’était pas de ce genre là, qui parle pendant des heures autour d’un feu avec un bon breuvage.  Non lui il était là juste pour faire un échange. Point. Il grogna légèrement, elle n’avait certainement pas entendu c’était plus un grognement intérieur, il n’aimait pas les questions. Pourquoi devait-il faire la conversation ? Ce n’était pas dans leur contrat.

« Pas la peine, j’reste pas longtemps. » Lâcha-t-il d’une voix rauque qui déchira la paix de sa maison.

Il était comme ça Rost, nonchalant, rustre, brusque. Il n’aimait pas les effluves d’herbes aromatiques non plus. Il se faisait violence d’être encore ici. Ça ne lui ressemblait tellement pas, pourtant il y trouvait un sens. Un quête. Une rédemption.

« Pas assez. » Fut sa seule réponse, il ne partagea pas son opinion, en avait-il une après tout ? Il découvrait ses légendes, il essayait de mettre des mots sur tout ce qu’il découvrait mais c’était encore une chose qu’il n’arrivait à concevoir : parler du passé. « J’étais venu voir si tu en avais un autre ? »

Ses yeux se posèrent sur la brunette alors qu’il lui tendait le livre qu’elle lui avait soigneusement prêté. Elle avait bien du courage de faire affaire avec lui, il ne s’en rendait guère compte mais son savoir vivre laissait clairement à désirer.  Si elle voulait des réponses, il fallait qu’elle commence à creuser, il n’était pas prêt à lui en donner. Mais il avait soif de connaissance, et il était prêt à attendre son ouvrage.
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Message Sujet: Re: Improbable n'est pas impossible. // Rost    20.11.17 17:13


Salmay aurait dû se douter que tôt ou tard ce bougre reviendrait frapper à sa porte pour en savoir plus. Les manuscrits qu’elle lui avait donnés était bien maigre en information en tant que telles, mais la plume du témoin était tout bonnement incroyable. Pour les connaisseurs, cela va de soi. Disons qu’elle avait en tête de le tester avec ces écrits, de voir s’il était prêt à continuer cette quête sur le savoir même après avoir avalé ce qu’elle lui a confié. Elle se surprenait elle-même de l’aider : elle n’avait rien à gagner à côtoyer un de ses tortionnaires. Si ce n’est devenir plus fort. Prouver à tous qu’on pouvait pardonner, tout absoudre tant que l’on n’oubliait pas. Salmay voulait être cette femme qu’on cite, qu’on prend en exemple dans le bon sens de la chose. En tant qu’éducatrice : cela était son devoir tout comme il était de sa responsabilité d’instruire quiconque aurait le souhait de parfaire son éducation. Rost de son côté la surprenait à en demander plus, toujours plus.
Le laissant rentrer, elle fit la conversation pour deux : comme à chacune de leurs entrevues. Qui sait à force de la côtoyer : elle arriverait à faire des miracles et à apprendre des manières à Rost. Elle ne se faisait aucune illusion mais l’idée la faisait toujours sourire. L’espoir faisait vivre sans quoi cela ferait longtemps que l’Humanité aurait sombré pour n’être plus qu’un chapitre de plus dans l’histoire de la terre nourricière. Le Zayinen ne prit pas la peine d’enlever la fourrure qui le recouvrait. C’était son problème s’il voulait attraper du mal en sortant. Toujours était-il que sa présence n’était pas aléatoire ou fortuite. Posant quelques questions en vain : elle se contenta du silence et de ses brèves réponses. Disons qu’elle était habituée maintenant. Elle attrapa les précieux documents et alla soigneusement les ranger avec les autres : les chérissant comme s’ils étaient une denrée précieuse. Ils l’étaient à ses yeux. Sans leur Histoire : ils n’étaient rien. L’homme qui était dans la pièce le comprenait-il petit à petit ?

« Comme tu voudras. » Sa voix était calme et posée : elle ne disait jamais un mot plus haut que l’autre même quand elle était agacée. « Plus que tu ne pourras en lire. » Elle attrapa une bougie et monta sur un petit marche pieds de bois pour illuminer les rayons de sa collection privée. Celle que son père et le sien avant lui ont légué à Salmay. Tout en cherchant, elle se permit de reprendre la parole : « Tu es certain que tu ne veux toujours pas me dire ce que tu cherches ? Ne serait-ce qu’une esquisse de ta pensée ? Que je puisse te donner quelque chose qui va dans le sens de ta quête ? »

Soudain, elle eut une idée et attrapa tout en haut de l’étagère, manquant de tomber en avant, un carnet de notes. Elle prit d’autres ouvrages sur les plantes –après tout ils infligeaient la mort mais étaient garant de la vie et de la santé en même temps – ainsi qu’un autre sur les animaux qui peuplaient jadis la terre. Elle tendit ces œuvres à Rost et garda quelques instants en main le dernier :

« Celui-ci n’est pas comme les autres. Mon père l’a tenu pendant des années, jusqu’à l’aube de sa mort : il était toujours à la recherche d’artefact du passé. Il avait presque une obsession pour ces machines qui ne marchent plus. Mais il leur a redonné la vie. Avec patience et dévotion. La plupart de ses recherches et son savoir son dedans. » Elle tendit finalement son bras : « Prends en soin s’il te plaît. » Car c’était une part de sa propre histoire qu’elle lui confiait. Ce même père qui a été tué de leurs mains.


En lui expliquant la valeur de ces notes, elle avait probablement perdu son temps et il ne l'avait très certainement pas écouté mais tant pis. Il venait la voir pour chercher de la nourriture à sa curiosité et c'est ce qu'elle faisait. Un jour, elle aurait le courage de lui demander de témoigner. De recueillir ces paroles comme une confession ; de les garder pour la postérité. Salmay n’était pas en paix avec elle-même, elle ne le serait jamais : les cris de ses proches l’accompagneront jusqu’à son dernier souffle. Mais elle avait trouvé la force de continuer, de vivre. Sa version des faits reposait déjà avec les autres textes de leurs aînés : elle espérait de tout son cœur que Rost lui permettrait un jour d’ajouter une nouvelle pierre à l’édifice dédié à la mémoire. Tout devait être relaté et transmis. Même les faits les plus horribles. Selon elle : cela était le seul moyen pour ne pas oublier et laisser mourir définitivement ceux qu’elle a appelé famille.
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Message Sujet: Re: Improbable n'est pas impossible. // Rost    04.12.17 10:15


Qu’était-il devenu ? Plus il prenait de l’âge et plus son esprit divaguait. Il n’avait jamais voulu connaître son histoire. L’abandon de ces parents lui avait bien entendu creusé un vide qu’il n’avait jamais réussi à combler mais il l’avait toujours caché, il s’était fait une raison très tôt dans son enfance. Comme s’il s’était préservé. Comme s’il avait volontairement oublié qu’il n’avait pas de racines, pas d’ancêtres, pas d’histoire. C’était pas la peine de s’encombrer avec de telles futilités, c’était pas son histoire qui allait le faire avancer en montagne, c’était lui tout simplement. Alors il s’était forgé un caractère, une histoire propre à lui et il s’était battu, s’était donné corps et âme pour survivre, et être une personne forte, un homme qui n’a besoin de rien ni personne pour exister. Personne.

Alors cette soif de connaissance s’était imposée à lui. Comme un rappel, un besoin après toutes ces années de savoir d’où il venait. Il s’était trop longtemps leurré. Et c’est pour ça qu’il n’arrivait pas encore à parler de ces découvertes, des artefacts qu’il cachait précisément dans sa hutte ou de ses lectures tardives seul avec son cabot. Il n’était pas comme ça Rost, avouer qu’il prenait du plaisir à apprendre ces histoires était la dernière chose qu’il ferait. Alors quand Salmay lui demanda s’il voulait en parler, il fit la chose qu’il savait le mieux faire : se renfrogner. Elle devait bien le voir Salmay que ça lui plaisait pas à Rost de parler de lui ou de ce qu’il pouvait bien aimer. Elle n’avait qu'à faire avec, sinon il repartait d’où il était venu et elle pouvait bien se débrouiller toute seule pour apprendre à combattre. C’était si facile comme ça. Mais maintenant qu’il était en plein dedans il ne pouvait pas reculer. Il n’avait pas envie de reculer.

Il regarda la douce Lamedeen s’approcher de sa collection et ses yeux s’illuminèrent bien malgré lui. Il profita qu’elle ait le dos tourné pour embrasser des yeux le spectacle qui s’offrait devant lui, tant de savoir, tant de souvenirs. C’était nouveau pour lui. C’était soudain. Depuis qu’il avait mit la main sur cet objet en ferraille, son esprit avait vagabondé et son cœur s’était empressé de savoir. Il fit une grimace quand elle reprit la parole et essaya à nouveau de le faire parler. Une quête ? Si seulement il avait la moindre idée de ce qu’il cherchait, de ce qu’il voulait. Il était perdu Rost. Il en savait fichtrement rien de sa quête. Il eut un mouvement vers elle quand elle faillit tomber, un réflexe de protecteur, et il se ravisa quand il vit qu’elle ne craignait rien. Il ressentait ce besoin de la protéger, un besoin constant. Étaient-ce les remords de ces faits passés envers son peuple ? Ou simplement la pureté et la naïveté de Salmay qui le faisait agir ainsi en sa compagnie ?

Rost posa ses yeux sur les ouvrages en papier qu’elle venait de tendre dans sa direction. Comme un enfant qu’on s’apprête à gronder, il attendit qu’elle lui donne les consignes et du bout des doigts attrapa les deux premiers livres. Il s’attarda sur les couvertures et caressa du bout des doigts la sensation du papier. Et cette odeur. Il releva le regard vers Salmay quand elle fit référence à un ouvrage précieux et il l’écouta attentivement. Il avait connu son père. Vaguement. Il avait vu sa mort aussi. Un sentiment de regret l’envahit et il serra avec peine les ouvrages dans ces mains. Il ne pouvait effacer le passé. Il pouvait simplement lui donner un meilleur futur. Le mot artefact attira son attention et tout s’enchaîna rapidement. Machines. Redonné la vie. Ses recherches et son savoir sont dedans. Alors avait-il été comme lui ? Trouverait-il ses réponses dans les lignes des ancêtres Lamedeens ?

« J’en prendrai soin je te l’assure. »

Il ajouta le dernier ouvrage aux autres et les rangea précieusement dans son sac bandoulière en cuir forgé de ses propres mains. Il hésita un instant, fit un geste de la tête et fit quelques pas en direction de la porte. Ben quoi après tout ils en avaient finit non ? Quel bougre de Rost ! Ces pas s’arrêtèrent finalement, sans la regarder, le dos toujours tourné à elle.

« Je suis désolé pour ton père. » Lâcha-t-il dans un souffle, un aveu. Un raclement de gorge. « C’était un homme bon. »

Lui dire ça n’apaiserait pas sa peine, pire dans sa position il n’aurait même pas dû lui dire de telles choses mais il en avait besoin. Elle méritait des excuses. Elle lui donnait de son temps et de ses connaissances, il lui devait bien ça. Elle méritait même plus mais jamais il ne pourrait se faire pardonner de ce qu’il avait fait auparavant. Il pouvait juste s‘excuser mais en aucun cas il ne pouvait demander son pardon. Il n’avait pas le droit au pardon.
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Message Sujet: Re: Improbable n'est pas impossible. // Rost    04.12.17 16:18


Chercher dans sa collection personnelle pour un Zayin : voilà une situation cocasse. Encore aujourd’hui : Salmay n’était pas certaine que les raisons de Rost soient louables pour ne dire étrange. Pourquoi un guerrier qui a tant de sang sur les mains se prenait soudainement pour un érudit ? Qu’avait-il a gagné ? De tous les Lamediens, c’est sur elle qu’il a jeté son dévolu. Combien de fois avait-elle entendu Ywenn la mettre en garde ? Presque lui interdire de le revoir. Mais Salmay n’avait jamais été raisonnable et elle avait cette capacité presque malsaine de voir la beauté dans la crasse. Certes, Rost était un homme rude : mais comme tant d’autres Zayinéns. Ils n’étaient pas à blâmer, l’éducation et la façon dont sont traités les jeunes de ce clan restent le vrai nœud du problème. Les guerriers comme celui qui lui faisaient face suivaient tout simplement des routes toutes tracées. Ne s’offusquant pas de son mutisme, elle continua de parler : même si elle devait faire les questions et les réponses.
Redescendant de son marche pieds, elle tendit les deux premiers ouvrages basiques avant de garder en main un des manuscrits les plus précieux. Dans un premier temps : parce qu’elle était surprise de la réaction de Rost. De la délicatesse avec laquelle il les avait pris en main : comme s’il comprenait la valeur et le poids des mots qu’ils portaient. Dans un deuxième temps : c’est l’hésitation qui la fit s’agripper à l’ouvrage. Des pages entières noircissent par l’écriture de son père. Des souvenirs tendres étaient liés à ces pages. Salmay avait été le témoin de toutes ces recherches, mieux encore : elle avait elle-même laissé sa patte entre les lignes de cette œuvre méconnue de tous. Quelque chose lui disait que Rost aimerait le contenu. Une petite voix, son instinct probablement comme lui avait tant de fois répété son géniteur. Si l’éducatrice faisait un grand pas en avant : elle ne put se retenir d’expliquer l’histoire derrière ce carnet.

« Je sais. Tout du moins, je l’espère. » Et l’espoir : c’est ce qui la faisait vivre au quotidien.

Croisant ses bras pour s’enrouler un peu plus dans sa peau elle le regarda s’éloigner sans dire au revoir. Sans dire un mot. C’était toujours comme ça. Alors, Salmay retourna auprès du feu : reprenant son livre en main quand la voix du guerrier l’arrêta.

« Oui. Il l’était. » Pourquoi nier la vérité, on l’avait surnommé ‘le sage’ à sa mort. « Je ne serais pas ce que je suis aujourd’hui sans lui et ses enseignements. » En voyant que Rost n’ouvrait pas la porte, elle se permit de s’approcher doucement. Sans geste brusque, elle posa sa main sur l’épaule du Zayéniens et baissa la tête. « C’est parce qu’il était un homme bon que je n’ai jamais pu remplir mon cœur de haine. Pourquoi j’ai tant résisté et combattu la rage pour ne pas qu’elle m’emporte dans la folie. Mon père ne m'aurait jamais pardonné un tel comportement. » Relevant son regard pour regarder la nuque du colosse, elle continua : « Il serait bien trop facile de céder à ce genre de sentiments. Il est plus difficile de pardonner mais c’est le seul moyen de survivre. De continuer à vivre pour ceux qui ne le peuvent plus. » Qu’importe que Rost l’écoute ou non : Salmay avait besoin de parler. « Mon pardon, tu sais que tu l'as. Il est temps que te pardonnes. » Elle rompit le contact en se reculant : « Tu es le seul à pouvoir le faire. Je sais que tu n’es pas le genre à parler ou autre : mais… Si jamais tu le souhaites je suis là. » Salmay voulait savoir ce qui s’était passé. Elle avait été victime, elle voulait voir avec les yeux d’un bourreau. « Et je suis la seule Lamed qui pourra probablement te comprendre ou du moins tenter sans juger. »

Elle attrapa deux verres et une bouteille d’alcool de plantes. Si Rost voulait rester : il était le bienvenu. Sinon elle n’aurait aucune honte à les boire cul-sec pour se réchauffer.
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Message Sujet: Re: Improbable n'est pas impossible. // Rost    05.01.18 6:54


Les mots de Salmay n’apaisèrent pas son cœur meurtri. Il n’avait pas le droit à la paix de toute façon, pas après tout ce qu’il avait fait. Pas après tout le sang qui avaient coulé sur ses mains. Il n’avait juste qu’à baisser le regard pour encore en voir la couleur. Ses mains étaient rouges de souvenirs. C’était peut-être sa tête qui lui jouait des tours mais il ne pourrait jamais enlever cette impression qu’il ressentait chaque jour. Il referma son poing et en fit blanchir les jointures. Tout sauf ce rouge qui lui brûlait la rétine et lui faisait crisper la mâchoire. « Mon pardon, tu sais que tu l'as. Il est temps que tu te pardonnes. » Oh Salmay, il ne sera jamais temps. Tu as beau être une femme compréhensive et de pardon, tu ne pourras jamais comprendre la rage et les regrets qui lui bouffaient les entrailles chaque jour. Le contact de sa main sur son épaule le fit fermer les yeux. Et là tous les souvenirs l’assaillirent. Comme pour lui remémorer que non, il ne peut pas oublier, non il ne peut pas se pardonner. Il n’a pas le droit, comme un hommage aux victimes mortes sous ses mains.

« Et je suis la seule Lamed qui pourra probablement te comprendre ou du moins tenter sans juger. » La seule. La seule qui avait survécu. Et elle avait dû en souffrir. Tellement. Tant d’images que lui même avait du mal à faire face la nuit. C’était des souvenirs qu’il n’avait pas envie de se remémorer, il n’avait pas envie de devoir lui expliquer comment et pourquoi ils avaient fait ça, ils l’avaient juste fait, voilà tout. Il ne pouvait se l’expliquer. Et c’était peut-être ça le pire de tout. Il ne pouvait l’expliquer.

Il tourna légèrement la tête vers Salmay qui tenait à présent deux verres et une bouteille d’alcool dans les mains. Elle voulait savoir mais elle ne pouvait pas. Il voulait encore garder cette pureté et l’espoir qui brillait dans ses yeux. L’espoir que chaque être humain a du bon en lui. Il ne voulait pas qu’elle change, elle lui montrait que tout le monde a le droit à la rédemption et il ne voulait pas gâcher ça. Il ne voulait pas la priver de ce qui était pur en elle. Sa bienveillance.

Il se racla la gorge, comme pour faire passer les regrets qui s’étaient accumulés dans sa poitrine et il prit la parole, en espérant qu’elle le comprenne et qu’elle ne le prenne pas mal. « Il se fait tard Salmay. Je ne vais pas te déranger plus longtemps. » Il n’y avait pas de sourire sur son visage, jamais chez Rost. Ni de lueur dans ses yeux. Il ne connaissait pas. Pourtant ce soir, une larme restait bloquée dans le coin de son œil. Il regarda la jeune femme et lui fit un mouvement de tête, comme un salut amical. « Bonne nuit. »

Ses doigts se crispèrent sur la poignée de la porte d’entrée et après quelques secondes d’hésitation il la poussa et s’engouffra dehors, le froid s’insinuant déjà dans les moindres parcelles ouvertes de ses vêtements. La porte se referma derrière lui et il remonta sa capuche avant de reprendre le chemin de son clan. Il n’était qu’un Zayinéinn après tout. Il n’avait pas à parler de ses états d’âmes. Il suivait les ordres. Foutus ordres.



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Message Sujet: Re: Improbable n'est pas impossible. // Rost    



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