Two Worlds :: DOWNWORLD :: Cyrulnik :: Dortoirs Hypnos
avatar

DOWNER - Iolite
Messages 165 CRÉDITS : MoonOfBlood, aflowermadeofirontumblr.

Revenir en haut Aller en bas
Message Sujet: from dusk till dawn. (SAUL)    18.11.17 23:49


from dusk till dawn
GAIL & SAUL




Gail se dandinait, d’un pied à l’autre, devant cette porte qui restait fermée. Le silence et la pénombre l’entouraient. Elle avait les pommettes un peu rosies par sa course improvisée – à moins que ce ne soit le verre d’eau-de-vie avalé d’une traite à l’Oblivion qui ne lui ait donné cette jolie teinte. Contre sa poitrine, l’Iolite serrait un artefact d’une valeur inestimable, rapiécé et tellement abîmé qu’elle craignait qu’en raffermissant sa prise elle ne termine de le détruire. Sur le trajet, elle n’avait pas cessé de s’essuyer les paumes contre son pantalon, effrayée à l’idée de ruiner ce vestige déniché à prix d’or au souk Van Meegeren. Ce n’était pas le premier à terminer chez l’Archiviste, de façon légale ou non, seulement celui-ci avait une importance plus sentimentale. Elle l’avait su en parcourant les premières lignes, les yeux plissés, à l’écart dans le bar : elle l’avait su en lisant son prénom dans les légendes, parmi les héros et les Dieux oubliés. Les premières heures de la nuit étaient déjà bien avancées et pourtant Gail n’avait presque pas hésité à venir frapper sur la cloison en ferraille. Sur le moment, cela avait semblé être la meilleure chose à faire. Et forcée d’attendre, elle remettait en question ses capacités d’analyse. Peut-être que ce verre l’avait plus éméchée qu’elle ne le pensait. Ce n’était sûrement pas une bonne idée. Si personne ne vient, c’est que je n’ai pas frappé assez fort… Je peux repartir comme ça, non ?

L’Archiviste avait à peine fait un pas en arrière que la porte coulissait pour laisser entrevoir une silhouette plus massive que la sienne, aux épaules larges et au regard sombre. Elle se figea instantanément, son expression aux antipodes de la sévérité qui lui était coutumière – une enfant qu’on aurait prise sur le fait, au beau milieu de la nuit en train de jouer avec sa nouvelle peluche favorite. « Hey. » Un souffle qu’elle lâchait après deux secondes passées à l’observer, retrouvant finalement l’aplomb qui la caractérisait. « Désolée de passer à l’improviste, mais j’ai quelque chose que je voulais montrer à ton fils. » Elle tenait le livre comme un nouveau-né, presque tendrement, son cœur s’écrasant douloureusement contre la reliure de cuir fatiguée et délavée. « Ulysse est là ? » C’était cette question qu’il aurait fallu poser en premier. Instinctivement, les prunelles de la femme quittèrent celles du Lunien pour essayer de percer les ombres derrière lui. De temps à autres, l’enfant découchait dans les quartiers de sa mère – une femme que Gail n’avait jamais réellement cherché à connaître, ce qui était relativement difficile dans une Colonie, mais elle était douée pour éviter les contacts humains – et l’Archiviste craignait que cela ne soit l’un de ces fameux soirs.

Nerveusement, sa langue balaya sa lèvre supérieure, goûtant au passage les résidus d’eau-de-vie. Elle s’était laissé emporter par l’euphorie d’avoir recouvré une nouvelle pièce de leur passé, une œuvre d’art qu’on aurait oublié dans un recoin poussiéreux sans jamais se douter de sa véritable valeur. Gail pinça cette fois les lèvres. « Je peux repasser demain, enfin si ça te va… » Elle aurait pu lui proposer de lui laisser le livre pour qu’Ulysse puisse le découvrir au réveil, mais elle voulait égoïstement être présente pour lui parler de sa découverte. C’était un enfant difficile à atteindre, encore plus compliqué à comprendre, néanmoins elle avait parfois l’impression de parvenir à une certaine entente quand elle lui montrait des reliques extraites des archives carbonisées. A la manière de son grand-père, Gail transmettait son virus, sa pathologie soigneusement dissimulée sous une droiture quasiment militaire. Avec un sourire étriqué, la femme passa sa main gauche dans ses cheveux détachés, fourrageant entre les mèches en terminant sur sa nuque. De l’autre, elle tenait toujours avec délicatesse son précieux.

« A moins que tu ne veuilles voir ? » La proposition plana dans l’air entre eux. Au fond de son regard toujours vif, une lueur sembla danser. Partager un peu de ce savoir. Un peu de cette passion trop longtemps étouffée. Si seulement l’alcool pouvait effacer la culpabilité qui l’empêchait de dormir depuis deux ans aussi facilement que ses réticences et ses barrières. Gail esquissa un léger sourire espiègle en remuant tout doucement l’Illiade sous les yeux du Lunien. « Ton fils porte le nom d’un héros, tu le savais ? »

Made by Neon Demon
avatar

DOWNER - Lunien
Messages 487 CRÉDITS : Lux Aeterna

Feuille de personnage
RELATIONS:
FATE BREAKERS:

Revenir en haut Aller en bas
Message Sujet: Re: from dusk till dawn. (SAUL)    19.11.17 18:43


Ses mains plongèrent dans l’évier déjà noir de crasse. L’eau clair et purifiée vint s’entacher de suie presque immédiatement, coulant le long de ses bras et gouttant jusqu’au sol. Il attrapa la serviette foutue en vrac sur la poignée de la porte et épongea son visage redevenu quasi blanc. Un passage n’avait pas suffi pour éclaircir tous les pores, mais les réserves d’eau étaient bien trop basses pour qu’il puisse se permettre une douche. D’ailleurs, on avait coupé plutôt dans le mois toutes les canalisations reliant la station d’épuration aux habitacles de la Colonie. Un geste qui n’avait étonné personne mais énervé quelques-uns, notamment chez les Luniens, qui passaient la journée à mijoter dans leur propre sueur et pour qui une douche relevait plus de la survie que du luxe. Pour ne rien arranger, l’air était devenu irrespirable à l’étage Tesla, là où les ouvriers gardaient tous la tête baissée en passant devant la porte blindée close, noircie par les flammes, de la station d’épuration. La ventilation était difficile dans cet étage de la Colonie et même les efforts d’un groupe spécial dépêché par le Conclave pour organiser l’évacuation de la fumée et de l’odeur de métal brûlé n’avait pas réussi à tout à fait chasser les vapeurs qui stagnaient dans l’atmosphère. Alors en entendant le coup sur la porte, Saul sentit ses épaules se contracter. Ce n’était pas le moment. Ce n’était jamais le moment.

Enfilant un t-shirt avant de foutre un coup dans le loquet de la porte, Saul fit coulisser rageusement le morceau de plastique devant le visage de son visiteur du soir. Il allait répliquer d’un ton malvenu, une insulte sans doute, un « quoi » balancé depuis les limbes d’une mauvaise humeur qui le poursuivait depuis plusieurs mois. Une mauvaise humeur qu’il tenait à entretenir pour rappeler au qui venant que le Conclave n’était pas encore passé maître dans l’art de la magie noir ou du miracle. A son grand étonnement, il lui fallut largement baisser les yeux pour que son regard tombe sur la silhouette fine qui l’observait avec appréhension, comme une gosse prise devant le fait accompli. Elle lui lança un petit hey, dont Saul répondit d’un grognement. « Gail, il est tard. » Lui lança-t-il sur un ton qui se voulait réprobateur mais qui était nettement moins agressif que celui qu’il réservait au quidam. La mention d’Ulysse l’étonna quelque peu, mais en la regardant piétiner devant sa porte d’entrée, Saul reconnut l’excitation toute personnelle qui pouvait parfois habiter Gail à l’aube d’une découverte fabuleuse, et ce sans avoir besoin de noter les étoiles qui brillaient dans ses yeux. « J’allais le mettre au lit. Lethe était censée passer le chercher y’a deux heures au moins. » Vasarely s’accouda sur le coin de l’ouverture en croisant ses bras sur son torse. Il l’observait avec ce regard qu’il lui réservait toujours, ce va falloir m’en dire plus que seule Gail était capable de dégotter derrière les railleries et les grognements.

La proposition tomba moins rapidement qu’il ne l’aurait cru, et Saul ne put s’empêcher de sourire narquoisement en la regardant tendre vers lui ce qui ressemblait à un livre. L’Illiade. Lut-il rapidement avant qu’elle ne retourne le fourrer dans son t-shirt, tout contre elle. Pas même le temps de tendre la main pour se saisir du truc. « Un héros, hein ? » L’origine du prénom ne l’étonnait pas. Lethe avait lui-même nommé l’enfant et que son amour pour les vieilleries et la culture d’antan en ressorte n’avait rien de très original. Il allait continuer de l’asticoter gentimment lorsque ses narines, envahis par les odeurs de fumée et de gaz commencèrent enfin légèrement à se nuancer, flairèrent l’alcool fort qui émanait de la Iolite. Saul fronça le nez : « Merde Webster, qu’est ce que t’as bu ? Tu sens plus fort que le Souk lui-même. » Le Lunien jeta un coup d’œil dans le couloir, puis de nouveau à la fille, puis le couloir, et son soupir fit le tour de l’étage tout entier. « Viens là. » Il la tira par son t-shirt pour la forcer à entrer et referma la porte derrière eux. Tour de loquet. Odeur d’eau de vie.

« Ulysse ? » Appela Saul comme si son fils réagirait en entendant son prénom. « Gail est là. Tu viens dire bonsoir ? » Le gamin ne leur prêta pas la moindre attention. Assis, tête tournée vers le mur, il jouait avec ce qui semblait être deux morceaux de métal arrachés à une canalisation. Saul l’avait laissé là deux heures auparavant pour ranger l’habitacle et se débarbouiller. Ulysse n’avait pas bougé depuis lors. Dans un mouvement de bras légèrement défaitiste et fatigué, il indiqua le gosse. Vas-y, il est tout à toi. « J’allais faire du thé. » Mentit-il en la regardant tituber jusqu’à l’enfant. « T’en veux ? »
avatar

DOWNER - Iolite
Messages 165 CRÉDITS : MoonOfBlood, aflowermadeofirontumblr.

Revenir en haut Aller en bas
Message Sujet: Re: from dusk till dawn. (SAUL)    20.11.17 14:34


from dusk till dawn
GAIL & SAUL


Gail connaissait Saul Vasarely depuis longtemps – même qu’à l’époque, il n’avait pas un seul poil sur le menton et encore ses deux jambes. Même si son caractère laissait souvent à désirer, c’était un homme foncièrement bon, qu’elle avait appris à respecter avec les années tout en supportant parfois ses tempêtes inconsidérées. Il grognait beaucoup, mordait peu ; jamais elle, jamais vraiment. Les mots du Lunien étaient parfois plus brutaux que les coups qu’elle recevait à l’entraînement, néanmoins ils guérissaient mieux la plupart du temps. Et si son accueil aurait semblé déplacé, elle savait qu’il était moitié moins bourru avec elle qu’avec un autre. Quelque chose dans le regard du Représentant changea quand il le baissa sur elle, peut-être avec ce rien d’affection qu’il s’autorisait à ressentir envers quelques rares personnes. Celles qui subissaient ses humeurs depuis assez longtemps. A la mention de Lethe, le minois de Gail se rembrunit légèrement : si elle ne voulait pas apprendre à connaître la mère d’Ulysse, cela ne voulait pas dire qu’elle ignorait tout d’elle. Elle connaissait les rumeurs, les murmures que l’on se disait au détour d’un couloir, celles qui portaient sur la maîtresse du marché noir. On savait à qui s’adresser quand il fallait demander certaines choses. Et même les Agates en avaient conscience : c’était cependant toléré, parce que justement personne ne se faisait d’illusions à ce sujet. La partie sombre du souk permettait à la Colonie de ne pas imploser. Aux citoyens de ne pas perdre totalement la tête. La Iolite aurait été bien hypocrite de condamner le trafic illicite. Son grand-père s’était procuré la guitare qu’il lui avait offerte au marché noir, tout comme elle y dénichait encore quelques livres réchappés de l’incendie aux Archives.

Mais cela ne voulait absolument pas dire qu’elle appréciait ou se sentait redevable envers Lethe. Et la façon dont elle traitait Ulysse n’aidait pas Gail à éprouver de la sympathie pour cette femme des ombres. Si le commun des mortels ne parvenait pas à atteindre le cœur de l’ancienne Agate, une inconnue avait encore moins de chance de l’attendrir. « Gilipollas, » mordit-elle entre ses dents, les doigts refermés sur l’ouvrage. « Ulysse était un héros, l’un des plus grands, l’un des meilleurs. On le disait plus malin que les Dieux eux-mêmes... » Son regard s’était perdu quand Saul fit soudainement remarquer qu’elle sentait l’alcool et, choquée par cette remarque, l’Archiviste porta une main en coupe devant sa bouche pour y lâcher un souffle. Vraiment ? Elle n’avait pourtant bu qu’un verre. Ou alors deux. Elle n’était plus certaine tant les événements s’étaient déroulés rapidement. Mais pour elle, elle ne sentait pas particulièrement mauvais. Normalement. « Me regarde pas comme ça, je ne suis pas saoule Saul. » Non, elle ne l’était pas. Pompette sans doute, cependant cela n’altérait aucune de ses facultés. Et elle ne puait pas. « En plus c’est l’hôpital qui se fout de la charité, tu veux prendre une douche chez moi ? » Haussement de sourcils moqueur juste avant d’être happée dans l’antre de l’éclopé, un sourire au bout des lèvres.

Rapidement, l’attention de la trentenaire se tourna entièrement vers la petite silhouette dans un coin de la pièce, Ulysse et ses jouets de ferraille. Gail remua sa main libre par-dessus son épaule, s’avançant déjà vers l’enfant, comme fascinée par les ombres qu’il projetait derrière lui. « Ne t’embête pas, je ne vais pas t’ennuyer longtemps... » L’eau était un sujet difficile, même si elle ne le mentionnait guère – elle évitait les polémiques la Iolite, parce qu’elle savait que du fin fond de ses archives elle ne pouvait plus rien y faire. Même quand si elle était restée Agate, elle n’aurait eu aucune solution à apporter à leur problème. Cassidy avait bousillé l’avenir de quelques milliers de personnes. Sa passion avait brûlé leur nid douillet, leur terrier immuable. Maintenant, le Conclave avait probablement des idées, mais elle n’était pas dans le secret. « Hey buddy. » Avec des mouvements lents, patients, Gail se rapprocha de la silhouette silencieuse pour s’agenouiller à ses côtés, déposant l’Illiade sur un coin, juste en face. Elle n’attendait pas de réponse, elle parlait simplement, avec une douceur que peu lui connaissaient – et qu’encore moins la soupçonnaient capable d’user. Dès le début, elle avait agit comme ça avec lui, depuis ce jour trois ans plus tôt où elle l’avait retrouvé errant et visiblement au bord du breakdown émotionnel dans une foule en liesse. Cela lui était venu naturellement parce qu’elle voulait l’apaiser et lui montrer qu’il pouvait avoir confiance. Et quand elle avait remarqué qu’il ne parlait pas, qu’il ne la regardait même pas en face, Gail ne s’en était pas offusqué. Elle s’était juste inquiétée, quelque part, qu’une âme aussi fragile se retrouve livrée à elle-même. La Colonie ne survivait pas sur des épaules frêles. « Tu dois probablement être fatigué, alors je ne vais pas te raconter tous les détails, mais j’ai trouvé un livre qui pourrait t’intéresser. » Du bout de l’index, elle tapota la couverture. « Il parle de toi. Il parle d’un garçon qui s’appelait Ulysse, et qui était tellement, tellement intelligent que tout le monde le considérait comme un génie. » Le sien d’Ulysse fixait ses jouets de rouille et de fer, insensible à ses paroles. Seulement en apparence. « Il était comme toi. Il avait beaucoup de choses dans la tête. Et puis un jour il est parti à l’aventure, avec des amis. Il a... » Elle s’interrompit, étouffant un soupir entre ses lèvres. « Il a découvert le monde, » reprit-elle après une hésitation. Gail remua sur ses genoux, se redressant un peu pour étirer ses muscles. La journée avait été longue. A la lisière de son champ de vision, elle remarqua Saul et esquissa un sourire. « Mais il n’avait pas un père aussi grincheux que le tien, je crois bien. »

Made by Neon Demon
avatar

DOWNER - Lunien
Messages 487 CRÉDITS : Lux Aeterna

Feuille de personnage
RELATIONS:
FATE BREAKERS:

Revenir en haut Aller en bas
Message Sujet: Re: from dusk till dawn. (SAUL)    28.11.17 22:52


Sa mine vaguement impressionnée ne rembarra pas le frémissement impatient de Gail, qui débitait avec sa verve habituelle, une explication tirée d’un livre pour enfant. Vasarely baissa les yeux sur l’ouvrage et son regard fit le tour rapidement de la couverture. Un radeau délabré semblant voguer sur trois lignes tracées dans la houle de la mer. Ulysse. Ulysse. Ulysse. Saul répéta le nom de l’enfant dans sa tête jusqu’à ce que les syllabes perdent de leur sens. Ulysse. Le nom avait été donné par Lethe à la naissance même du bambin. Un hommage à une civilisation jusqu’alors oubliée, qui avait longtemps été le sacerdoce de sa mère, et qui lui avait aussi donné son propre nom, Lethe, l’Oblivion. La Gilipollas, insulte qui fit tiquer Saul, claquant brutalement sa langue sur son palais d’un air réprobateur. « Tempère, Webster. » Tempère, un mot que Vasarely n’aurait sans doute jamais connu si Gail ne l’avait pas, comme beaucoup d’autre, indiqué du bout de son doigt blanc sur la page griffonnée d’un ouvrage ancien déniché il ne savait où. Une référence à l’impertinence, aux pieds de nez, à l’affront aussi. Aux années, qui avait renforcé la tendresse, l’affection, et la débectation profonde et connue pour l’ancienne compagne. Saul ne lui en voulait pas. Lethe ne cherchait pas à plaire. Lethe passait, spectre et sorcière, avec sur les yeux un voile et dans le sourire une rareté de mesquinerie et de contrôle absolu. Ulysse. Ulysse, répéta Saul, dans sa tête. La seule innocence qui trottait encore dans les parages de Rosenwald.

Celle de Webster, en tout cas, c’en était allé faire un tour dans le fond du verre ; Vasarely la fit pénétrer dans la pièce dans un soupir. Gail s’avançait déjà vers l’enfant, les yeux brillants, balançant une main négligente par-dessus son épaule, de ces oui oui cause toujours qu’elle lui adressait dans ses rares moments de génie. « C’est juste un thé. » Maugréa Saul en mettant en route la bouillotte. Il tira une chaise jusqu’à lui et s’assit lentement, respirant lentement. Le manque d’oxygène dans le dortoir et les récentes vapeurs indigestes de l’étage Tesla qui forçait la plupart des Luniens à travailler foulard sur le nez, ou à prendre des pauses conséquentes à cause de l’odeur, malmenait ses poumons depuis plusieurs jours. De sous la table, Saul tira une bombonne à oxygène et un masque, tendant une oreille vers la conversation à sens unique qui se tenait sur le parterre, à quelques mètres de là. La douceur de Gail le fit sourire. Trois ans depuis qu’elle avait ramené un Ulysse sur le bord de la crise de nerf, perdu dans les couloirs bondés d’une Colonie surexcitée. Trois ans, et depuis, personne n’avait été capable de le serrer comme Gail l’avait serré ce jour-là, et Ulysse de s’accrocher désespérément à un pan de chevelure, un morceau de tissu, et à jeter des papa, papa que Saul n’avait jamais oublié. Trois ans, et depuis, pas grand-chose. Pas un sourire, pas un regard. Juste Gail, à genoux, devant le gosse qui ne lui prêtait pas la moindre attention.

A la mention de son rôle, et de l’adjectif grincheux qui y fut si sauvagement accolé, Saul releva la tête de son masque à oxygène et siffla : « Qu’est c’que tu veux, j’suis arrivé dernier quand ils distribuaient la bonne humeur. » Il tapota la chaise près de lui alors que la bouilloire sifflait dans des soubresauts insupportables. « Ulysse, cinq minutes encore et ensuite, au lit. » Lança Saul comme si la remarque allait faire une différence. Il tira la chaise pour Webster, attrapant la bouilloire d’une main, le masque de l’autre, servant l’eau chaude dans un récipient où flottait quelques feuilles de menthe, denrées relativement courantes au marché, et que Saul faisait d’ailleurs pousser sous son lavabo, dans un lopin de terre dédié. « Ne va pas lui mettre des idées dans la tête. » Lâcha-t-il brutalement en repoussant la théière. « J’comprends que les histoires de mondes merveilleux et de fontaines en chocolat fassent fureur mais… » Vasarely souffla, à la pensée de Mel Cassidy, au Conclave. A Alena et ses brûlures. A son père. « … Ulysse n’a pas besoin de ça en ce moment. » Je n’ai pas besoin de ça en ce moment.


Revenir en haut Aller en bas
Message Sujet: Re: from dusk till dawn. (SAUL)    



RÉPONSE RAPIDE